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jeudi 8 mai 2008

Chris Marker sur Second Life.


Je suis tombé sur une interview de Chris Marker, 87 ans.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Chris Marker est un réalisateur culte. Il a tenu à accorder une Interview sur Second Life. Voilà quelqu'un qui a compris le "truc." Beaucoup de choses avec lesquelles je me sens en accord dans cet interview, l'onirisme de SL, la porosité entre le réel et le virtuel.
Il est intéressant de voir que certains "vieux" ont une fraîcheur et une jeunesse d'esprit que certains jeunes pourraient leur envier.
Je retiens surtout ceci:


-Combien de temps passez-vous sur SL ?

Sergei Murasaki(avatar de Chris Marker)
- Pas énormément parce que j’ai encore BEAUCOUP de travail en RL. Mais si je pouvais…

– Si vous pouviez ?

Sergei Murasaki
– Je m’y retirerais pour de bon. Comme Brando à Tahiti. Avec moins de soucis pour l’entretien.



J'aime bien cette idée de se retirer définitivement sur SL. Peut-être est-ce une provocation. Peu importe. SL est une procation pour l'esprit. Et cela me réjouit de voir qu'un des réalisateurs les plus intéressants encore vivant l'a compris.
L'espoir n'est pas perdu.


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lundi 5 mai 2008

Second Life: Transformations

Un des avantages de la vie virtuelle est de pouvoir se transformer à loisir. Le physique, cette "matière virtuelle" est flexible à l'infini. Nous pouvons choisir d'être ce que nous voulons être au moment où nous le voulons. Cette plasticité du corps, qui est analogique à celle du cerveau est sans doute un nouvel outil de communication avec les autres.

Je suis passé par plusieurs transformations avant de trouver la forme de furry qui me convenait.

Un furry féminin. Mignonne, mais j'ai eu du mal à me reconnaître en elle.





Je ne me suis pas aimé en lui. Trop agressif.




A un moment je suis devenu un monstre. Je ne parvenais plus à retrouver mon ancien corps. Expérience assez traumatisante.

Je suis finalement devenu un chat noir.


Cela m'a plu. Je me suis reconnu dans cette peau.

J'ai un faible pour les furries. Sans doute parce qu'ils subissent des discriminations. Peut-être aussi parce qu'ils me rappellent ma nature animale. Certains êtres humains n'ont pas envie qu'on leur rappelle qu'ils sont des animaux. Ils deviennent très agressifs lorsqu'on leur dit cette vérité.


Pourtant, comme le disait Pierre Dac, nous sommes bien le chaînon manquant entre le singe et...l'Homme.



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Second Life: Un pub pour des livres


Il y a quelque temps déjà une avatar m'a contacté in world, pour que je parle de son lieu sur SL, Book Island. Ce sont des éditeurs anglais qui vendent des livres sur SL.
Je n'ai pas l'habitude de faire de la pub sur ce blog. Je ne suis pas journaliste. Mon blog est en français. Et je ne voyais pas ce que cela pourrait lui apporter. Alors, j'ai mis du temps à réagir.
C'était bête. Cela marche comme ça. Il faut faire parler de soi si l'on veut avoir un certain succès. Et puis j'ai envie d'aider ceux qui "font".


Si vous voulez acheter des livres en anglais (ici des essais, pas des romans) vous pouvez aussi le faire sur Publishing Island ou Book Island. D'ailleurs si vous êtes éditeurs, pouvez aussi "exposer" vos livres.

Je n'ai pas encore expérimenté. Je ne sais pas si ces livres sont virtuels ou réels. En tout cas, quel que soit le support, il y aura des mots, des phrases, des idées, et vous pourrez, dans le monde virtuel aussi, continuer de vous cultiver...





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samedi 19 avril 2008

Joël de Rosnay, Second Life et les mondes virtuels


Est-ce l'avatar de Joël de Rosnay? Dieu seul le sait...


J'ai beaucoup d'estime pour Joël de Rosnay. C'est quelqu'un d'intelligent et de sérieux, dont l'avis m'a toujours intéressé.

Je suis tombé sur une petite interview de lui réalisée par "mémoire vive.TV" où il nous donne une idée de ce que pourrait être l'avenir du web. C'est ce qu'il appelle le Web.04. C'est brillant et bien vu.

A la fin de l'interview il est questionné sur Second Life. Et là, à mon grand étonnement, cet esprit brillant, qui connait internet comme sa poche, se met à dire des choses assez floues et caricaturales sur les mondes virtuels. En gros, Joël de Rosnay nous met en garde contre « le risque de confusion entre le réel et le virtuel ». Puis il nous parle de l'illusion que ces mondes peuvent susciter chez les jeunes. "L'illusion d'un temps réversible, qui nous incite à ne pas nous engager, contrairement à la vie réelle, qui elle, est irréversible et engage."

En l'écoutant j'ai vraiment eu le sentiment que cet expert du web ne connaissait pas Second Life.

Cela m'a interrogé.


S'il connaissait bien Second Life, il nous aurait sans doute parlé des possibilités inédites d'enseignement, des cours à l’ université, (15% de l’espace de Second Life est occupé par des universités en ligne, payantes et privées ) de la possibilité pour les handicapés de retrouver "un corps" et d'y mener une vie "réparatrice", des programmes humanitaires et écologiques qui fleurissent, de la possibilité de pratiquer une langue étrangère avec des autochtones sans se déplacer de chez soi, des vocations artistiques que suscitent ces mondes...
Mais non. Il nous parle essentiellement des dangers du virtuel.



Pourquoi même des esprits brillants, cultivés, ne parviennent-ils pas à appréhender les mondes virtuels à leur juste valeur et les réduisent quasi systématiquement à leurs soi-disant "dangers"?

J'ai une hypothèse. Simple.Pour comprendre la richesse des mondes virtuels dans leur réalité la plus intime, il faut les fréquenter. S'y investir. Et subir le choc ou les chocs que la plupart des avatars ont ressenti en fréquentant ces mondes. Des chocs de sens. Des bouleversements intérieurs. Une remise en question de leur façon d'envisager le monde.

A défaut de s'y être frotté vraiment, il faut avoir consacré beaucoup de temps pour comprendre ce que sont les mondes virtuels et ce qu'ils ne sont pas. Comme c'est le cas pour certains auteurs comme Philippe Quéau, Edward Castranova ou Pierre Lévy.

Sinon l'on reste dans une sorte d'ignorance. Une ignorance qui est partagée par de nombreuses personnes, des journalistes, des décideurs, des hommes politique, des philosophes, ce qu'on pourrait appeler "l'élite", qui par ailleurs peut être tout à fait brillante sur d'autres sujets.
Cela m'a fait penser à "l'ignorance de Monsieur Toulemonde."

Monsieur Toulemonde peut aussi être Madame Toulemonde


Au départ, Monsieur Toulemonde" (qui peut être aussi un esprit brillant) a des préjugés sur les mondes virtuels. Cela est normal. Ces mondes sont en train de naître. On ne sait pas ce qu'ils vont impliquer pour l’être humain. C’est l’inconnu. Et comme le dit Joël de Rosnay dans l’interview, ce qui est nouveau fait peur.

Monsieur Toulemonde peut se sentir inquiet à l'idée que de tels mondes puissent exister. (D'ailleurs je trouve que l'expression du visage de Joël de Rosnay au moment où il en parle dans la vidéo laisse paraître une sorte d'inquiétude).

Monsieur Toulemonde est censé. Il n'a pas envie d'un monde où l'on ne communique plus, où l'on s'enferme, où l'on rejette les autres. Qui aurait envie d’un monde pareil ?

Il peut avoir une image péjorative de ces mondes : ce sont des mondes "artificiels", "froids", "inhumains" et "dangereux" ou encore des mondes où « l'on peut confondre la réalité et le virtuel ». Il pense que ces mondes nous poussent non pas vers la réalité mais l'illusion.

De plus, Monsieur Toulemonde a été élevé avec l'idée que seul compte le monde tangible. Il n'a connu que cela. (Entre nous, Monsieur Toulemonde se trompe. Il a toujours vécu dans un monde tangible certes, mais pas uniquement. Le monde de la pensée, de l'art, des idées, dans lequel nous vivons aussi n'est pas un monde "tangible".)

En fait Monsieur Toulemonde, par une sorte de réflexe de peur, revendique la supériorité inaliénable du monde tangible lorsqu'il se sent menacé par l'apparition d'un monde concurrent. C'est un réflexe humain. C’est un réflexe d’auto-défense, de survie peut-être.


(Soit dit en passant, Monsieur Toulemonde rate quelque chose, on ne compte plus les belles filles sur Second Life.)

Monsieur Toulemonde trouve bizarre et même maladif que des gens se détournent de leur vie réelle pour construire une vie virtuelle.
Pour lui un monde virtuel est le résultat d'une civilisation malade, aliénée, perdue, un symptôme révélateur du malaise de notre société.



J'étais moi aussi, ce Monsieur Toulemonde. ( A peu de chose près)
Second Life, avant que j’y aille, m'a fait peur. Il n' était pas évident de passer de l'autre côté du miroir. Mais un jour j'ai fait un plongeon, avec peur certes, mais j'ai osé plonger.


J 'ai été supris par ce que j'ai vécu. Je ne m'attendais pas à ce que progressivement mes préjugés tombent un à un.

D’abord, au bout d'un moment, à mon grand étonnement, j'ai commencé à sentir les effets bénéfiques que la fréquentation de ce monde non tangible avait sur ma vie tangible.
J’ai découvert que j’étais un autre tout en restant moi-même.



J'ai eu des idées, des sensations, des émotions nouvelles. J’ai même par moment commencé à me sentir "meilleur. " A être plus créatif.
Cela n'a rien de magique ou de bizarre.
Les mondes virtuels permettent de se découvrir soi tel qu'on ne s'était jamais vu.

Il est vrai que Joël de Rosnay évoque lui aussi " une meilleure connaissance de soi" comme conséquence des mondes virtuels. Seulement il oppose cet aspect "positif" de SL à "un énorme défaut: l'illusion dans lequel nous plonge le monde virtuel."

Il y a là, à mon avis une contradiction. C'est justement cette connaissance de soi qui permet d'être moins dans l'illusion, de savoir ce qui est essentiel à nos vies et de nous engager avec plus de force et de sagesse dans l'aventure de la Vie. On pourrait même dire "dans les vies tangibles et non tangibles". Dans toute sorte de vie.



Car là est bien le secret que connaissent les avatars pour l'avoir vécu: Second Life, est un univers dans lequel on mène une vie, avec tout ce qui va avec. Engagement ou désengagement, illusions et désillusions, travail et loisir, amour et souffrance.



Et cette vie ne nous détourne pas de la vie réelle. La socialisation que créent ces mondes ne m’a pas enlevé le plaisir que j'ai à être physiquement avec les autres. Au contraire. Je peux mesurer aujourd'hui avec plus d’acuité la richesse du contact humain, l’irremplaçable présence humaine. Je ne suis pas le seul.

Par ailleurs, la vie virtuelle créé un autre mode de communication avec les autres. Une autre saveur relationnelle. Elle nous met en contact avec le reste du monde, "physiquement". Pouvoir agir, bouger, parler, marcher, danser simultanément à d'autres à l'autre bout du monde, même à travers un avatar, nous rapproche des autres peuples, inévitablement.



Les idées que l'on a sur SL ne sont que la conséquence de différentes peurs.

1) Peur du bouleversement que représente l'apparition des mondes virtuels dans sa vie.
2) Peur de se découvrir soi-même.
3) Peur d'être déstabilisé et troublé par les questions nouvelles qui affleuraient à l'esprit.

Ce sont ces peurs qui étaient à l'origine des préjugés de Monsieur Toulemonde.
Elles sont humaines, mais il est important de les dépasser. Elles ne mènent pas très loin. Mais surtout elles génèrent des idées fausses et empêchent un véritable débat sur les mondes virtuels et sur leur dangers réels.



Ces dangers quels sont-ils réellement?

Ils viennent pour moi du simple fait que Second Life soit un vie. Or toute vie est initiatique. Toute vie est un apprentissage. C'est un terrain sur lequel nous grandissons, bâtissons, avec les risques et les dangers inhérents à « ce » terrain. Il n'est pas nécessairement glissant. Il oblige tout être humain-avatar qui le pratique à y développer une philosophie, un art de vivre, une éthique personnelle pour y vivre le mieux possible.

Par ailleurs, "cette vie" charrie avec elle son lot de questions métaphysiques, ou "méta-virtuelles". Elle nous fait toucher du doigt des questions fondamentales, auxquelles il est difficile aujourd’hui de répondre, des questions sur le rapport entre le corps et l'esprit, des questions sur la nature du réel, sur l'identité de l'être, sur la mort, la sexualité, le Divin.

Le danger vient plus de l'incertitude qu'il y a à vivre cette vie complexe que de la prétendue confusion entre le réel et le virtuel.



Fréquenter un monde virtuel est un vrai investissement. Il faut du temps et de la pratique pour en saisir la substantifique moëlle.( Sachant qu'elle nous échappera à jamais). Il faut aussi de la disponibilité d'esprit, et un désir de découverte toujours renouvelé.
J'espère que de plus en plus d'esprits brillants qui s'intéressent à l'avenir de l'humanité auront un jour la curiosité de connaître la réalité des mondes virtuels dans toute leurs nuances, dans leurs dangers véritables comme dans leur capacité particulière à faire avancer l'homme vers sa propre connaissance.



Joël? C'est vous?


Pour ceux qui veulent voir l'interview.


Site de Jöel de Rosnay

Une petite vidéo de Joël De Rosnay sur le site de Daneel Ariantho où il reprend les thèmes du web.04


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jeudi 27 mars 2008

Second Life: Les vieux


Dans la vie réelle, lorsque nous croisons quelqu'un de vieux, nous ne voyons plus l'enfant qu'il a été. Nous ne voyons plus sa fraîcheur. Nous avons tort. Nous nous fions à l'apparence. Pourtant sa fraîcheur est là. Elle n'est jamais partie, seulement elle n'est plus visible.


Sur SL, tout le monde ou presque est "frais". Cela correspond la Réalité Intérieure des choses. Il y une partie de nous qui ne vieillit jamais, malgré l'âge du corps.
En ce sens SL, qui permet aux vieux de montrer leur fraîcheur éternelle est plus proche de la Réalité que le monde réel.

" Il est interdit d'être vieux"
Rabbi Nahman


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vendredi 7 mars 2008

Second Life: Un village mondial


La première fois qu'un chanteur sur scène m'a dit "Hy Myster, or Maïster?" pour me remercier d'être présent à son concert, cela m'a fait un effet " Silien". Ce fameux "truc" qui me met dedans instantanément et qui crée une sensation intérieure inédite et surréaliste. C'est un plaisir fou d'entendre son pronom prononcé (ou chatté) par un inconnu sans avoir eu à se présenter.(D'ailleurs, prononcer "Maïster"). A chaque fois je me sens exister puissance dix.
C'est tellement évident que je n'y avais pas pensé avant. Ce qui favorise la rencontre n'est pas seulement l'anonymat. Mais aussi le fait de pouvoir connaître immédiatement l'identité virtuelle de chaque avatar. C'est une différence notable avec la real life. Ici, dès le premier regard, l'anonyme n'est déjà plus un anonyme. Il existe un peu plus. Il n'est pas un "étranger", mais bien une sorte de "frère"...


D'ailleurs, la plupart du temps, l'on entre dans la vie de gens qu'on ne connaît pas. On fume une chicha avec eux alors qu'une minute auparavant on ne savait même pas qu'ils existaient.

La parole est libérée. Pas besoin de présentation. Pas besoin de briser la glace. En quelques clics on a...

...philosophé avec des inconnus...



...fait l'amour à une inconnue...( N.B: ce n'est pas moi sur la photo...)



...refait le monde avec des inconnus...

Comme si nous faisions partie de la même famille et que nous pouvions enfin le vivre et l'exprimer. Ici, comme me le faisait remarquer une amie sur SL, les relations sont construites sur la communication.
Moments bénis où nous pouvons sentir affleurer cette fraternité trop souvent refoulée dans la real life.
Nous sommes en effet beaucoup plus proches des autres que nous avons tendance à le penser. Et ce petit village nous permet, à notre insu, de l'expérimenter.


Faut-il passer par le virtuel pour réapprendre la fraternité?
Pas seulement. Mais pourquoi s'en priver, si cela permet à l'être humain de grandir?

Ce petit village mondial disparaîtra peut-être un jour, ou évoluera différemment. J'essayerai alors de me souvenir de cette sensation de me sentir bien avec les autres, de ces échanges, et de la joie qu'elle procurait...

mercredi 20 février 2008

Second Life: Un monde de mentors

Je reçois une notecard de Mimi Carpenter pour un concert à la Coopération française. Je m'y rends, sans doute trop tard. Elle était là mais le concert semblait terminé. Il y avait un monde fou. Et beaucoup de noobs français venus chercher de l'aide.




Une jeune noob , toute vêtue de blanc (une fan de Loulou ? ) complètement perdue, demandait de l'aide à qui pouvait l'entendre. Elle était assise et ne savait pas comment bouger. "Je stagne", m'a-t-elle dit... J'ai bien aimé cette expression.
Elle venait de débarquer ce jour-même, peut-être même à l'instant. Limite affolée par ce qui lui arrivait, elle voulait savoir comment jouer, comment rencontrer des gens, quoi faire ici. Je lui ai dit que Second Life n'était pas un jeu, mais un Univers. Qu'il était possible de faire des milliers de choses mais que c'était à soi de se fixer ses propres objectifs.

- Quels conseils me donnerais-tu?
- Juste d’être ouverte, sympa et... patiente!

J'ai cherché à l'aider le mieux possible pour qu'elle ne se décourage pas. Je me suis même surpris à craindre pour sa vie virtuelle. Allait-t-elle durer une journée? Quelques mois? Une vie entière? Allait-elle passait à côté du "truc"?

La réussite de la vie virtuelle peut tenir à un fil.

Tout en lui parlant, je me souvenais de mes débuts. J'avais oublié que moi aussi j'étais dans un état de dépendance. J'avais eu besoin des autres pour des choses aussi simples que danser, passer du jour à la nuit, ou même trouver un lieu intéressant.
Depuis ses débuts, Second Life a généré une longue chaîne de solidarité entre les résidents. Une chaîne d'entraide où les plus aguerris transmettent leur savoir à ceux qui débutent.
L'apprentissage d'une vie passe par les autres.

Cette rencontre m'a éclairé sur le rôle des "mentors", qui ont décidé de donner une partie de leur temps à aider les autres.

Ce choix altruiste suscitait mon admiration et en même temps m'intriguait. Donner de son temps à des inconnus, les aider à résoudre toutes sortes de problèmes, juste pour le plaisir de le faire, me semblait génial et incompréhensible en même temps. Pourquoi cette générosité? Comment l'expliquer?

Et puis j'ai compris. Enfin, je crois. Les mentors représentent la partie visible de l'iceberg. "Donner" est une des raisons d'être de nombreux résidents dans ce monde. Vision naïve?

Des musiciens donnent des concerts gratuits. Des créateurs, comme Yadni Monde mettent à disposition des centaines d'objets virtuels gratuits, des builders créent des lieux de vie stupéfiants. Des dizaines de tutoriaux sont créés pour nous aider à évoluer dans ce monde, des Sims comme la Coopération Française sont conçues exprès pour aider les noobs, et enfin des blogueurs partagent leurs connaissances et leur savoir.

Second Life est un monde de mentors.

Donner quelque chose de la compréhension de ce monde mystérieux est pour de nombreux résidents une raison de vivre. Une nécessité, que j'ai moi-même ressentie.

Je n'avais pas vu que cette solidarité si particulière, dont j'avais déjà parlé était si ancrée dans cet univers. Second Life a fait naître une génération de "passeurs".
Cela est très réjouissant. Cela fait partie de la culture SL.
Parce que nous sommes au début de l'ère "virtuelle"?
Parce que nous sommes encore en minorité?
Parce que nous voulons faire savoir au reste du monde que l'expérience du virtuel peut enrichir l'être humain?

Au cours de ma vie Slienne de nombreuses personnes m'ont transmis, parfois même sans s'en rendre compte, par leurs connaissances techniques, leurs réflexions, leurs écrits, leur art, ou même par leur façon d'être, des éclairages qui m'ont permis d'avancer.
Les noobs n'échappent pas à cette règle. Ces "apprentis de la vie virtuelle" nous rappellent sans cesse, par leurs questions, leur fraîcheur, leurs peurs, ce que nous étions et ce que nous sommes devenus. N'oublions pas que certains d'entre eux seront en mesure, un jour, de transmettre...

" Si je devais retirer tout ce que les autres m'ont apporté, il ne me resterait que la peau et les os"

Goethe




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samedi 9 février 2008

Second Life: De femme à femme


Quand je veux être seul, tranquille, j'utilise mon avatar féminin. Je n'ai aucun ami sur ma liste et cela me permet d'être totalement anonyme. J'ai l'impression que chaque vie créée, chaque nouveau personnage qu'on interprète vient compléter les vies précédentes. C'est peut-être le cas quand on passe de la vie RL à la vie SL. C'est aussi ce que permettent les "avatars alternatifs" par rapport aux avatars officiels. Myster a des amis, des lecteurs, une vie sociale relative.
Quand je suis mon personnage féminin, je n'ai pas les mêmes envies que Myster. Je n'ai pas envie de fréquenter les mêmes lieux, et très logiquement je ne rencontre pas le même type de personnes. Comme si mes personnalités étaient très différentes. D'ailleurs, elles le sont.

L'autre soir, je me suis retrouvée à un endroit où une autre avatar faisait des essais de programmation avec ses créations. Nous étions toutes les deux toutes seules et nous avions engagé une conversation. De femme à femme.
À un moment, elle m'a demandé de l'aider à tester ses animations. Peut-être qu'elle a senti en moi la fille gentille prête à rendre service. Ou peut-être tout simplement que j'étais la seule avatar dans les parages.
En tout cas, j'ai passé un certain temps à cliquer sur ses boules. Enfin, les boules qu'elle avait créées. Je crois que ça lui a fait plaisir.

C'est un peu ça Second Life. On peut passer une soirée entière à cliquer sur des boules roses et bleues juste pour rendre service à quelqu'un que l’on connaît à peine. Cette solidarité Silienne , très présente, vient peut-être des difficultés techniques qu'il y a à vivre dans cet univers et auxquelles nous sommes tous confrontés. Nous aimons aider les autres. Il y a même ici des "mentors", ces avatars dont l’activité consiste à aider "les apprentis" à apprivoiser la vie virtuelle. Gratuitement. Pour le plaisir d'aider.

Je me suis retrouvée assise à côté elle sur son tapis. J'ai été troublée par notre proximité physique. C'était la première fois qu'en tant que femme que je m'asseyais à côté d'une femme.
Est-ce que ce trouble venait du fait qu'elle ne sache pas que j'étais un homme dans la réalité? Pas seulement. Notre relation était celle de deux femmes entre elles. Et ça, je ne l'avais pas encore expérimenté.
Un homme est venu pour nous parler. J'ai tout juste été polie. C'était un gentil noob, on l'a aidé, mais j'avais envie de rester tranquille avec elle.

Dans notre rencontre, il n'y avait rien d'un mensonge ou d'une tricherie. Elle m'a prise pour une femme et c'est ce que j'étais à ce moment-là.
Si j'avais tenté de la séduire, elle m'aurait peut-être dit qu'elle n'était pas lesbienne. Et si elle avait été tentée par une aventure homosexuelle, le fait que je sois un homme ne l'aurait pas empêchée d'imaginer qu'elle a fait l'amour avec une femme.

Ceux qui viennent ici ressentent cette règle du jeu comme une évidence. Dans le virtuel, peu importe s'il s'avère qu'un jeune homme de vingt ans a fait l'amour avec une femme qui en a soixante dix-huit. Car lorsque cela s'est passé, ils étaient tous les deux jeunes et beaux. Peu importe pour le client d'une escort girl , si cette superbe femme qui a su utiliser les bons mots pour le faire jouir est en fait un homme de cinquante ans chauve et bedonnant.
Peu importe qui se "cache" derrière son personnage. Nous l'acceptons sans sourciller. Car nos "âmes" communiquent et cela suffit.

N'y a-t-il pas quelque chose de subversif dans ces nouvelles règles du jeu?
Je le crois. Et cela participe à mon avis de la méfiance que suscite Second Life.
Le monde virtuel se caractérise par l'abolition de barrières et par la création d'une nouvelle manière de communiquer, d'être et d'agir. Il peut même être une opportunité de réparer certaines injustices dans le monde physique. (Pensons par exemple aux handicapés qui peuvent grâce au virtuel avoir un corps comme les autres.) Il peut même devenir pour certains "une seconde chance".

Espérons que la liberté de choisir l'âge, le sexe, et la forme que l'on souhaite sera préservée et qu'elle ne sera pas seulement une parenthèse dans l'histoire de ces mondes alternatifs...

À la fin de la soirée, cette gentille avatar est devenue la première amie de ma liste.

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vendredi 1 février 2008

Second Life: Un véritable voyage


Au début de ma vie virtuelle, je me demandais pourquoi je me sentais enrichi du simple fait de voyager dans un monde virtuel.
Comme beaucoup d'avatars, je sentais bien qu'il y avait quelque chose de spécifique à ce type de voyage sans que je puisse le cerner totalement. Aller sur Second Life est une expérience intime, profonde, nuancée. De même que la vie "réelle", elle contient aussi sa part de mystère.

Par chance je suis tombé sur Marcel Proust. Pas sur lui en chair et en os, je ne suis pas encore totalement délirant, mais sur une citation faite par lui dans "A la Recherche du Temps Perdu":

"Le seul véritable voyage, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux".

Cela m'a fait "tilt". Si les expéditions dans le monde virtuel me procurent cette joie si particulière c'est parce qu'elles me donnent d'autres yeux. La plupart du temps, quand je reviens dans le monde « tangible », mon regard a changé. Il s'est décalé. L'effet est assez fort pour que je me penche de nouveau sur la question.
Comment l'expérience du virtuel peut elle transformer notre regard? Et donc notre vie?



1) L'expérience du virtuel ou la connaissance de soi.

En explorant cet univers dans une autre enveloppe que mon corps réel, dans un autre personnage que ma "personne réelle », vont s'éveiller des facettes de moi-même impossible à voir ou à révéler dans le monde tangible.

Le monde virtuel agit alors comme un révélateur de notre essence profonde, qui est véritablement multiple et diverse. Il enrichit notre personnalité en nous permettant de découvrir ces nouvelles facettes. C'est une forme de "renaissance". Pour de nombreux avatars d'ailleurs, l'occasion d'un nouveau départ. ( Nouveau métier, nouveaux comportements, nouvelles préoccupations, etc.)

D’une manière générale, sortir de son conditionnement (sexe, âge, condition sociale, ou même passer de l'homme à l'animal) pour vivre dans une autre "enveloppe" est non pas une fuite, mais une porte ouverte vers la connaissance de soi et des autres.
C’est ce que vivent les comédiens lorsqu’ils jouent un rôle. En habitant momentanément des « ego imaginaires » que sont les personnages, ils vont explorer sans risque ou presque, les recoins profonds et inconnus de leur personnalité.


Il y a là matière à se réjouir. Nous sommes beaucoup plus multiples et inconnus à nous-mêmes que nous le pensions!
Peu de gens comprennent l'intérêt de ces masques. Ils nous permettent pourtant d'accéder à une plus grande liberté et à élargir notre vision du réel. (voir à ce propos cet article sur l'identité virtuelle)


2) Second Life : un voyage de l'esprit.




Lorsque je vais sur SL, de même que lorsque je regarde un film, mon esprit voyage alors que mon corps ne bouge pas (ou presque). Que se passe-t-il pendant ce voyage?

Mon esprit coupe avec le réel "matériel" pour aller dans un autre réel. Un réel plus fluide, débarrassé de certaines contraintes physiques, mais un réel tout de même.
Sur SL, je me confronte aux autres, à la rencontre, au bon et au mauvais de chacun, à la jalousie, l'amour, l'amitié, la réussite etc. Les entreprises, elles, se confrontent à la concurrence, au choix d'une stratégie plutôt qu'une autre à des candidats qu’elles engagent. Second Life est une société à part entière et même si ce réel est généralement "fun", il peut être dans certains cas dramatique voire tragique. On y prend des risques financiers, amoureux, artistiques.

Pendant ce voyage, bien entendu, mes fonctions vitales restent "basées" dans le premier réel. Mais pendant un moment, mon esprit vit véritablement autant de choses que si je vivais dans le monde réel. Après une incursion dans le virtuel je ressens très nettement que j'ai vécu "autre chose" "ailleurs".

Lorsque je reviens dans la vie matérielle, ce voyage m'a donné du recul sur ma propre vie. Une sorte de distance bienfaitrice. Comme un cosmonaute qui a eu la chance de vivre un moment dans d'autres conditions spatio-temporelles. Pour certains c'est une expérience spirituelle tellement forte qu'elle génère à leur retour une autre façon de vivre. Voyager dans le virtuel, sortir sa vie et de son conditionnement est une manière de s'éloigner de ses automatismes et du mouvement incessant de la vie. C'est clairement une façon de se régénérer. À l’issue de cette expérience, il m'est apparu clairement que l'esprit peut se passer du corps pour mener sa vie et s'enrichir. Il a une vie à part entière.

3) Réveiller notre âme d'enfant


Un avatar "robot-pieuvre"

Aller sur SL est comme on dit, "fun". C'est comme si l'on redécouvrait que la vie pouvait être drôle. Jouer à dîner, à s'allonger sur une plage, ou encore à se faire croire qu'on est un robot-pieuvre, nous remet immédiatement en contact avec la dimension ludique et poétique de la vie. Une dimension que nous avons tendance à oublier. Ne dit-on pas dans la Kabbale que le monde est "d'essence poétique"?
En réactivant notre imaginaire et notre fantaisie nous redonnons à la réalité sa juste dimension. Je crois même que lorsque l'imaginaire est en marche, c'est un véritable accomplissement pour notre cerveau. Il se remet à vivre à sa pleine capacité. Il retrouve son élan initial. Il s'anime et nous fait voir la vie sous un autre jour. J'ai envie de dire, sous son vrai jour.

Agir dans un monde qu'on imagine en partie nous fait retrouver ce qu'on appelle "notre âme d'enfant". Il s'agit ici non pas de naïveté ou d'infantilité, mais de retrouver notre esprit de découverte, notre innocence, notre joie de vivre. Celle que nous avions naturellement lorsque nous étions de "petits enfants."

Ce processus est fondamental. Réactiver ce réservoir puissant contenu dans notre enfance redonne à la vie une saveur, une couleur que nous aurions pu croire disparue.
La vie est sans doute un chant, mais qui, à part les enfants, les artistes et les Sages, le ressent au plus profond? Citons un grand prophète, un grand poète, que tout le monde connaît et qui disait à propos des enfants:
"Le Royaume des Cieux est pour ceux qui leur ressemblent..."

Jésus (Matthieu 19;14).


4) Le virtuel ou l'effet miroir

Un des effets que de nombreux avatars vivent après leurs premières incursions dans le virtuel est ce que j'ai appelé: "l'effet miroir".
Tout à coup on se met à voir le monde réel par rapport au monde virtuel. Les humains ressemblent aux avatars, les immeubles de la vie réelle nous font penser aux immeubles du virtuel. Comme si les deux mondes se superposaient dans notre esprit. Cet effet n'est pas un délire. Il est révélateur du fait que les deux univers cohabitent à l'intérieur de nous. Ils peuvent être comparés, ils peuvent se compléter et ils ne sont évidemment pas étanches. Edward Castranova avait parlé de "porosité" entre le virtuel et le réel. Non seulement l'homme peut passer à tout moment du monde "réel" à un monde "synthétique". Mais en plus il intègre les expériences vécues dans un monde pour les appliquer dans l'autre.

L'idée est sans doute troublante mais depuis SL, le monde "réel" n'est plus la seule référence.(Ce qui n'empêche pas de reconnaître l'absolue beauté du Cosmos, sa dimension mystérieuse et sacrée). Les mondes virtuels nous contraignent donc à réenvisager notre réel et à le requestionner.


5) Le virtuel ou la naissance de nouvelles problématiques humaines


(Je ne traiterai pas ici les problématiques concernant l'amour et la sexualité des avatars qui mériteraient à elles seules, un article entier.)
Vivre dans le virtuel nous pose des questions. De même que pour la vie réelle, je ne peux avoir de certitude absolue. Elle nous pose par exemple des questions identitaires. "Qu'est-ce que l'avatar? Un autre"moi" plongé dans un autre contexte? "

Des questions philosophiques. "Le Réel n'est-il qu'à l'intérieur de moi? Quelle est la valeur du vécu "virtuel"?

Des questions éthiques: "Comment vivre en harmonie dans deux univers différents? Quelles sont les conséquences sur nos vies réelles de nos actions dans le virtuel?"

Ou même des questions métaphysiques. " Toute Créature a-t-elle un Créateur? L'avatar intelligent finira-t-il par penser par lui-même et se révolter contre son Créateur? N'est-ce pas finalement l'histoire de l'homme qui se répète? "


Le voyage dans le virtuel me donne aussi d'autres yeux parce qu'il me questionne sans cesse. Il m'apprend sans doute à mieux vivre et à m'améliorer. Par différents aspects, il est "initiatique". C'est aussi pour cette raison qu'il se heurte à autant d'incompréhension.


À mon humble avis c'est faire preuve d'ignorance et de peur que de réduire la plongée dans le virtuel comme cela est dit souvent, à une fuite pathologique du réel.
Les résidents de Second Life ne sont pas nécessairement des malades mentaux à enfermer très vite, des frustrés du sexe, des gens "seuls et malheureux dans leur pauvre petite vie", des complexés par leur physique nécessairement ingrat, des timides maladifs, des gens perdus qui recherchent un paradis artificiel gratuit et sans risque...


Les explorateurs du virtuel sont à mon avis, tout aussi amoureux de la vie réelle que les autres, ils sont tout aussi sensibles à la présence humaine, à la beauté de la nature, à l'art, bref ils sont tout aussi "normaux" et humains que ceux qui préfèrent regarder la télé....



Cette expérience de vie peut, si nous le souhaitons, nous apprendre sur la Vie.




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samedi 5 janvier 2008

Second Life: Mon premier anniversaire



Voilà, dans quelques jours cela fera un an que je suis sur SL. Pas à plein temps.
J'ai eu des hauts et des bas. Des grands moments, comme des moments de doute, mais je suis toujours vivant.

Sur la suggestion judicieuse de Loulou, j'ai décidé de fêter mon anniversaire. Et puis je me suis dit que cela serait intéressant de rencontrer en plus de mes amis, les lecteurs de mon blog.

Alors, avatar ami ou inconnu, si cela vous dit, vous êtes invité Mercredi 9 janvier à 21h30 (12h30 SL time) pour passer un moment ensemble chez Hatzfeld Runo qui nous reçoit gentiment sur son île pleine de tatouages...

L'adresse: Tiki tattoo Cove


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Second Life: Swing Swing Story/Ep n°4



Episode 4: " Des étoiles plein les yeux"...


Nous nous sommes éloignés de la piscine, pour nous rapprocher de la plage. Celle-ci était très différente que celle que j'avais visitée quelque temps auparavant. Il n'y avait plus aucun surf à l'horizon.


Moi: Ils ont tout enlevé j'ai l'impression...

Loulou: Oui, tout bouge ici. Souvent je me trouve dans des endroits que je crois connaître, mais impossible de les reconnaître. C'est troublant.

Moi: En fait les créateurs ne s'arrêtent jamais de créer! Le décor change tout le temps...

Nous nous sommes abrités dans une petite cabane qui donnait sur la mer.

Moi: Tu ne veux pas t'asseoir à côté de moi et regarder le paysage?



Loulou: Parle-moi un peu, j'ai beaucoup parlé ce soir j'ai l'impression, non?

Moi: Tu m'as surtout engueulé!




Loulou: Tu me racontes une histoire ?

Moi: Ok, je peux te raconter l'histoire de Second Life telle que je la vois...

Loulou: D'accord!



Moi: Au départ, Philip Linden, Dieu en quelque sorte, a eu le désir de créer un monde virtuel pour réunir des gens du monde entier. Il tenait à ce que les futurs résidents créent leur propre monde. Lui se contenterait de créer le logiciel.
Les gens ont commencé à affluer de partout et ils ont créé leur univers selon leur imagination, ils l'ont aménagé et ils l'ont colonisé. Parmi eux, il y avait des créateurs, des organisations humanitaires, des universités, des grandes sociétés, des banques, des commerces, bref de quoi faire tout un monde.


Une sorte de nouvelle planète a émergé d'un monde synthétique. On comprit rapidement, contrairement aux idées reçues, que le virtuel n'était pas ce que l'on croyait...


Loulou: Tu veux dire? Quelque chose de froid et d'inhumain?

Moi: Exactement. Ce monde, même s'il passait par une représentation en 3D était fait par des hommes, pour les hommes. Pour la première fois depuis l'histoire de l'humanité, il était désormais possible de vivre dans un autre univers. Un univers immatériel, mais néanmoins "persistant" et bien réel. Un univers sans règle du jeu définie à l'avance, comme dans la vie matérielle. Un univers où l'on pouvait travailler, gagner sa vie, aimer, avoir de la sexualité, construire et réaliser des projets. A part les fonctions vitales, tout ce que l'homme faisait dans l'univers matériel était possible dans cet univers.
Je continue? Tu me dis quand t'en peux plus...

Il faut laisser aux autres le temps de la digestion.

Loulou: Après on fera du romantisme?


C'est la première fois que Loulou me demandait une chose pareille, aussi directement. Depuis que nous nous connaissions, j'avais laissé traîner en longueur notre début d'histoire par mes gaffes et mes maladresses. Il n'était pas question de laisser passer cette perche.

Nous nous sommes téléportés dans un lieu construit pour les couples. Mais là aussi, tout avait changé.

Moi : Zut, J'ai l'impression que ça a été racheté!!

Loulou: C'est comme les vieux quartiers qui disparaissent... c'est triste.

Moi: Peut-être que le lieu ne rapportait pas assez à son propriétaire...

Loulou: Je t'amène faire un petit tour de train rouge ?

Moi: C'est romantique?

Loulou: Oui. Tiens, la dernière fois le conducteur était un furry, je viens de réaliser!!!

copyright Loulou Poplin


J'ai eu peur quand elle m'a dit ça. Peur sans doute de l'animalité que les furries nous renvoient. Bien entendu cela ne reposait sur rien de réel les concernant. Je me suis raisonné le temps de comprendre qu'il s'agissait juste d'une peur archaïque de "l'animal” , qui est pourtant en nous. J'ai tout de même eu honte après coup.
Je compris à ce moment-là que dans le monde virtuel, les furries , par leur différence apparente seraient des victimes de la bêtise, de l'intolérance et de l'ignorance. Cela a déjà commencé. Cette pensée m'a attristé. Comme l'a dit Brecht, "le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde..."


Nous sommes finalement allés dans ce lieu romantique les jardins d'Appolo, et qui heureusement n'avait pas disparu. Bonne musique, beau décor, bonnes animations.


Cela m'a fait plaisir de danser une salsa avec Loulou. Voir nos avatars faire des gestes que nous ne saurions faire dans la réalité. Sentiment agréable d'accéder à des possibilités physiques interdites jusque là. Impression de légèreté, de pouvoir dépasser nos limites.

Nous sommes passés naturellement au slow.
Puis pris par la danse, nous nous sommes dit des mots doux à l'oreille.
Nous avions oublié de nous mettre en conversation privée.

Un avatar: Eh les amoureux, en IM please!!!

Amoureux? Mon avatar était-il amoureux? Depuis quand?

Bien sûr, je tenais Loulou dans mes bras et nous bougions de façon synchronisée, comme dans un rêve. Bien sûr les mots prononcés prêtaient à confusion...



Mais était-ce un jeu ou la réalité?



Un jeu de l'esprit? Pour l'esprit?

Comme des milliers d'autres avatars, je me retrouvais confronté à ces questions auxquelles je ne peux répondre définitivement, même si je le souhaitais vraiment.
Comme si la vie virtuelle allait rester pour moi, de même que la vie tangible, un véritable mystère. Indéchiffrable. Comme si la vérité sur l'expérience du virtuel ne pouvait être atteinte définitivement, mais se dérobait au fur et à mesure que nous l'approchions...



Loulou touchait virtuellement ma nuque et elle sentait mon souffle chaud dans son cou.

Quelle était la valeur réelle de ce fantasme "vécu"? Mystère.




Nos corps bougeaient harmonieusement et nos coeurs se mirent à battre. Mon coeur? Celui de mon avatar?


Plus rien ne semblait exister dans ce moment. Seulement Loulou et moi.

Je suis retourné dans la vie tangible, des étoiles plein les yeux.
Des questions plein la tête.




Quelle place allait prendre cette expérience dans ma vie réelle?



Pour ceux qui sont intéressés par l'histoire de SL (fr)


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dimanche 25 novembre 2007

Second Life: Souvenirs Secondlifiens 2


Un petit moment de nostalgie. J'ai envie d'évoquer quelques souvenirs secondlifiens, un peu gratuitement, juste pour le plaisir de les mettre par écrit et pour ne pas les oublier. Même si certains d'entre eux sont encore douloureux.

Il y a des souvenirs désagréables, comme l'une des premières fois où j'ai mis les pieds sur SL. J'expérimentais la fonction "vol" dans un endroit où les noobs débarquaient. J'ai atterri à côté d'un type, blond dans mes souvenirs, qui venait apparemment d'arriver sur SL.

Lui: Oh le relou!
Moi: Qui ça?
Lui: Toi!
Moi: Pourquoi tu dis ça?
Lui: Tu te prends pour Superman?

J'adore Superman. Et puis je ne faisais que voler. Pourquoi m'a t-il dit ça? Parce que je volais et que j'étais en noir? Une chose est claire: j'ai eu affaire à un imbécile et méchant en plus. Comment faire une réflexion aussi désobligeante dans un monde qu'on découvre à peine? Comment peut-on manquer autant de délicatesse? Comment peut-on encore se moquer de l'apparence des autres?

Sa réflexion m'a blessé. C'était une forme de rejet débile et instinctif qui prend sa source, comme le racisme, dans la peur de la différence et dans l'ignorance. Mais elle a eu aussi du bon, indirectement: C'est à ce moment-là que j'ai compris que mes sentiments étaient bien réels sur Second Life. J'avais été réellement atteint. On m'avait jugé sur mon apparence et je trouvais ça aussi débile et blessant que si cette réflexion avait été faite dans la vie réelle.


Il y a eu aussi cette fois au Terra café où alors que j'étais en discussion avec quelques avatars, un type déguisé en robot, est venu s'asseoir juste à côté de moi, alors qu'il y avait plein de places libres. Je change de place, il change aussi. Je m'éloigne de lui. Il se rapproche. Je change de fauteuil une troisième fois et il continue à me coller. Sensation désagréable d'être harcelé physiquement.

Lui:Tu as peur des hommes?

Puis, sans même attendre ma réponse, il a commencé à m'insulter. Il a insinué que je voulais du sexe avec une des avatars.( Ce qui était faux, bien évidemment). Puis pris par une logorrhée incontrôlable il a affirmé entre autres qu'il ne me laisserait pas tranquille jusqu'à la fin de mes jours et qu'il gâcherait ma vie sur SL. Je n'ai pas réfléchi longtemps et je me suis téléporté très loin. L'agressivité, la méchanceté gratuite nous blessent, quel que soit l'univers dans lequel nous évoluons. Je me souviens avoir attendu un certain temps avant de remettre les pieds "In World".



Il y a aussi des souvenirs heureux, ou plaisants, comme ce moment avec Sand dans l'église à Venice. Nous avions pris la place du prêtre pour faire un sermon.



Moi: Est-ce que Dieu est là?
Elle: Je ne l'ai pas encore vu.

Moi: On ne peut pas le voir. Il a dit: "Nul ne peut me voir et survivre". En général, on l'entend juste...
Elle: Je ne l'ai pas entendu non plus... Je vais faire un sermon: "Aimez-vous et aimez votre voisin..."
Moi: Pas mal.
Sand : Tu as un sermon?
Moi: Euh..."Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse..."
Elle: Pas mal aussi...

Après nos supers sermons, elle s'est mis à parler espagnol, sans avoir l'air de maîtriser parfaitement cette langue. Je n'arrêtais pas de la reprendre.

Moi: Non, on dit pas "no sabé", mais "no sé"...
Elle: Attends, tu es en train de m'apprendre l'espagnol? Dans une église? Crazy world! And crazy man!

Honnêtement, je n'ai pas eu l'impression de blasphémer ou de mal me conduire dans ce lieu Saint. Après tout, nos sermons allaient bien dans le sens de ce que j'appelle le religieux (et qui est autre chose que la religion) :
Tenter d'aimer les autres et de s'aimer soi est une attitude à mon avis profondément religieuse. Que l'on soit croyant ou pas.
Par ailleurs, si certains avatars ne savent pas comment se conduire dans leur vie virtuelle, s'ils ne savent pas si "tromper sur SL" c'est tromper dans le réel, il suffit d'avoir en tête "qu'il ne faut pas faire à autrui ce qu'on n'aimerait qu'il nous fasse." Ou bien, " qu' il faut faire à autrui tout le bien qu'on aimerait qu'il nous fasse.". Après, on peut agir.


Un autre souvenir encore me revient. Après ma première visite au club de philo, Madeleine, leader de ce groupe m'avait appelé pour me dire qu'il y avait un autre nain de jardin que celui avec qui j'avais eu une grande discussion. C'est ce que j'appelle l'effet nain de jardin. Vous vous intéressez aux nains de jardin et à partir de là, les autres alimentent sans cesse votre intérêt, vous en parle, et s'amusent de votre intérêt. C'est un moyen de communiquer et un révélateur très puissant. Par ailleurs la mythologie qui est associée aux nains, nous fait plonger dans une autre "réalité", un autre niveau de conscience, d