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dimanche 5 avril 2009

Second Life: The Myster Rendez-vous


Je pensais que je serai le premier à l'annoncer mais ...c'est Daneel qui a dégainé le plus vite. (et je l'en remercie.)
Dans le cadre de la manifestation " Empreintes Numériques" oragnisée à Toulouse, je fais ma première "Performance" en direct SL et RL

VENDREDI 24 AVRIL à 21 HEURES au Théâtre Evariste Parny

SAMEDI 25 AVRIL à 21 HEURES au Théâtre Evariste Parny


Le Théâtre se situe sur la région 3 de de Bourbon Island.



Toujours en direct RL et SL pour Empreintes Numériques, je ferai aussi une "conférence" à partir des textes de ce blog

Le SAMEDI 25 AVRIL à 17H00 à La Bibliothèque Francophone

Vous êtes les bienvenus pour ces 3 rendez-vous.

Ces différents rendez-vous seront pour moi l'occasion de vous parler de la vie sur SL.


« Lost in SL »

« Voilà plus de deux ans, que j’arpente Second Life et bizarrement, je n’ai pas encore déconnecté de la réalité. Enfin c’est ce que je crois…
Suis-je complètement « Lost in SL » ?
J’ ai ressenti le besoin de faire le point sur mon humanité. De vous raconter ma vie virtuelle. Sexuelle. Philosophique. Métaphysique. De danser. De chanter. De partager. De rire avec vous.
J’en profite. Il paraît que je suis encore en état de comprendre… »



Vendredi 24 AVRIL 21h00 au Théatre Evariste Parny de Bourbon Island

Samedi 25 AVRIL 21h00 au Théatre Evariste Parny de Bourbon Island

Samedi 25 AVRIL 17h00, Bibliothèque Francophone

Empreintes Numériques



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samedi 19 avril 2008

Joël de Rosnay, Second Life et les mondes virtuels


Est-ce l'avatar de Joël de Rosnay? Dieu seul le sait...


J'ai beaucoup d'estime pour Joël de Rosnay. C'est quelqu'un d'intelligent et de sérieux, dont l'avis m'a toujours intéressé.

Je suis tombé sur une petite interview de lui réalisée par "mémoire vive.TV" où il nous donne une idée de ce que pourrait être l'avenir du web. C'est ce qu'il appelle le Web.04. C'est brillant et bien vu.

A la fin de l'interview il est questionné sur Second Life. Et là, à mon grand étonnement, cet esprit brillant, qui connait internet comme sa poche, se met à dire des choses assez floues et caricaturales sur les mondes virtuels. En gros, Joël de Rosnay nous met en garde contre « le risque de confusion entre le réel et le virtuel ». Puis il nous parle de l'illusion que ces mondes peuvent susciter chez les jeunes. "L'illusion d'un temps réversible, qui nous incite à ne pas nous engager, contrairement à la vie réelle, qui elle, est irréversible et engage."

En l'écoutant j'ai vraiment eu le sentiment que cet expert du web ne connaissait pas Second Life.

Cela m'a interrogé.


S'il connaissait bien Second Life, il nous aurait sans doute parlé des possibilités inédites d'enseignement, des cours à l’ université, (15% de l’espace de Second Life est occupé par des universités en ligne, payantes et privées ) de la possibilité pour les handicapés de retrouver "un corps" et d'y mener une vie "réparatrice", des programmes humanitaires et écologiques qui fleurissent, de la possibilité de pratiquer une langue étrangère avec des autochtones sans se déplacer de chez soi, des vocations artistiques que suscitent ces mondes...
Mais non. Il nous parle essentiellement des dangers du virtuel.



Pourquoi même des esprits brillants, cultivés, ne parviennent-ils pas à appréhender les mondes virtuels à leur juste valeur et les réduisent quasi systématiquement à leurs soi-disant "dangers"?

J'ai une hypothèse. Simple. Pour comprendre la richesse des mondes virtuels dans leur réalité la plus intime, il faut les fréquenter. S'y investir. Et subir le choc ou les chocs que la plupart des avatars ont ressenti en fréquentant ces mondes. Des chocs de sens. Des bouleversements intérieurs. Une remise en question de leur façon d'envisager le monde.

A défaut de s'y être frotté vraiment, il est nécessaire de les avoir étudiés longuement pour avoir une chance de comprendre ce qu'ils sont et ce qu'ils ne sont pas. Certains auteurs comme Philippe Quéau, Edward Castranova ou Pierre Lévy ont apporté des pierres à cette compréhension.

Sinon, l'on reste dans une sorte d'ignorance. Une ignorance qui est partagée par de nombreuses personnes, des journalistes, des décideurs, des hommes politique, des philosophes, ce qu'on pourrait appeler "l'élite", qui par ailleurs peut être tout à fait brillante sur d'autres sujets.
Cela m'a fait penser à "l'ignorance de Monsieur Toulemonde."

Monsieur Toulemonde peut aussi être Madame Toulemonde


Au départ, Monsieur Toulemonde" (qui peut être aussi un esprit brillant) a des préjugés sur les mondes virtuels. Cela est normal. Ces mondes sont en train de naître. On ne sait pas ce qu'ils vont impliquer pour l’être humain. C’est l’inconnu. Et comme le dit Joël de Rosnay dans l’interview, ce qui est nouveau fait peur.

Monsieur Toulemonde peut se sentir inquiet à l'idée que de tels mondes puissent exister. (D'ailleurs je trouve que l'expression du visage de Joël de Rosnay au moment où il en parle dans la vidéo laisse paraître une sorte d'inquiétude).

Monsieur Toulemonde est censé. Il n'a pas envie d'un monde où l'on ne communique plus, où l'on s'enferme, où l'on rejette les autres. Qui aurait envie d’un monde pareil ?

Il peut avoir une image péjorative de ces mondes : ce sont des mondes "artificiels", "froids", "inhumains" et "dangereux" ou encore des mondes où « l'on peut confondre la réalité et le virtuel ». Il pense que ces mondes nous poussent non pas vers la réalité mais l'illusion.

De plus, Monsieur Toulemonde a été élevé avec l'idée que seul compte le monde tangible. Il n'a connu que cela. (Entre nous, Monsieur Toulemonde se trompe. Il a toujours vécu dans un monde tangible certes, mais pas uniquement. Le monde de la pensée, de l'art, des idées, dans lequel nous vivons aussi n'est pas un monde "tangible".)

En fait Monsieur Toulemonde, par une sorte de réflexe de peur, revendique la supériorité inaliénable du monde tangible lorsqu'il se sent menacé par l'apparition d'un monde concurrent. C'est un réflexe humain. C’est un réflexe d’auto-défense, de survie peut-être.


(Soit dit en passant, Monsieur Toulemonde rate quelque chose, on ne compte plus les belles filles sur Second Life.)

Monsieur Toulemonde trouve bizarre et même maladif que des gens se détournent de leur vie réelle pour construire une vie virtuelle.
Pour lui un monde virtuel est le résultat d'une civilisation malade, aliénée, perdue, un symptôme révélateur du malaise de notre société.



J'étais moi aussi, ce Monsieur Toulemonde. ( A peu de chose près)
Second Life, avant que j’y aille, m'a fait peur. Il n' était pas évident de passer de l'autre côté du miroir. Mais un jour j'ai fait un plongeon, avec peur certes, mais j'ai osé plonger.


J 'ai été supris par ce que j'ai vécu. Je ne m'attendais pas à ce que progressivement mes préjugés tombent un à un.

D’abord, au bout d'un moment, à mon grand étonnement, j'ai commencé à sentir les effets bénéfiques que la fréquentation de ce monde non tangible avait sur ma vie tangible.
J’ai découvert que j’étais un autre tout en restant moi-même.



J'ai eu des idées, des sensations, des émotions nouvelles. J’ai même par moment commencé à me sentir "meilleur. " A être plus créatif.
Cela n'a rien de magique ou de bizarre.
Les mondes virtuels permettent de se découvrir soi tel qu'on ne s'était jamais vu.

Il est vrai que Joël de Rosnay évoque lui aussi " une meilleure connaissance de soi" comme conséquence des mondes virtuels. Seulement il oppose cet aspect "positif" de SL à "un énorme défaut: l'illusion dans lequel nous plonge le monde virtuel."

Il y a là, à mon avis une contradiction. C'est justement cette connaissance de soi qui permet d'être moins dans l'illusion, de savoir ce qui est essentiel à nos vies et de nous engager avec plus de force et de sagesse dans l'aventure de la Vie. On pourrait même dire "dans les vies tangibles et non tangibles". Dans toute sorte de vie.



Car là est bien le secret que connaissent les avatars pour l'avoir vécu: Second Life, est un univers dans lequel on mène une vie, avec tout ce qui va avec. Engagement ou désengagement, illusions et désillusions, travail et loisir, amour et souffrance.



Et cette vie ne nous détourne pas de la vie réelle. La socialisation que créent ces mondes ne m’a pas enlevé le plaisir que j'ai à être physiquement avec les autres. Au contraire. Je peux mesurer aujourd'hui avec plus d’acuité la richesse du contact humain, l’irremplaçable présence humaine. Je ne suis pas le seul.

Par ailleurs, la vie virtuelle créé un autre mode de communication avec les autres. Une autre saveur relationnelle. Elle nous met en contact avec le reste du monde, "physiquement". Pouvoir agir, bouger, parler, marcher, danser simultanément à d'autres à l'autre bout du monde, même à travers un avatar, nous rapproche des autres peuples, inévitablement.



Les idées que l'on a sur SL ne sont que la conséquence de différentes peurs.

1) Peur du bouleversement que représente l'apparition des mondes virtuels dans sa vie.
2) Peur de se découvrir soi-même.
3) Peur d'être déstabilisé et troublé par les questions nouvelles qui affleuraient à l'esprit.

Ce sont ces peurs qui étaient à l'origine des préjugés de Monsieur Toulemonde.
Elles sont humaines, mais il est important de les dépasser. Elles ne mènent pas très loin. Mais surtout elles génèrent des idées fausses et empêchent un véritable débat sur les mondes virtuels et sur leur dangers réels.



Ces dangers quels sont-ils réellement?

Ils viennent pour moi du simple fait que Second Life soit un vie. Or toute vie est initiatique. Toute vie est un apprentissage. C'est un terrain sur lequel nous grandissons, bâtissons, avec les risques et les dangers inhérents à « ce » terrain. Il n'est pas nécessairement glissant. Il oblige tout être humain-avatar qui le pratique à y développer une philosophie, un art de vivre, une éthique personnelle pour y vivre le mieux possible.

Par ailleurs, "cette vie" charrie avec elle son lot de questions métaphysiques, ou "méta-virtuelles". Elle nous fait toucher du doigt des questions fondamentales, auxquelles il est difficile aujourd’hui de répondre, des questions sur le rapport entre le corps et l'esprit, des questions sur la nature du réel, sur l'identité de l'être, sur la mort, la sexualité, le Divin.

Le danger vient plus de l'incertitude qu'il y a à vivre cette vie complexe que de la prétendue confusion entre le réel et le virtuel.



Fréquenter un monde virtuel est un vrai investissement. Il faut du temps et de la pratique pour en saisir la substantifique moëlle.( Sachant qu'elle nous échappera à jamais). Il faut aussi de la disponibilité d'esprit, et un désir de découverte toujours renouvelé.
J'espère que de plus en plus d'esprits brillants qui s'intéressent à l'avenir de l'humanité auront un jour la curiosité de connaître la réalité des mondes virtuels dans toute leurs nuances, dans leurs dangers véritables comme dans leur capacité particulière à faire avancer l'homme vers sa propre connaissance.



Joël? C'est vous?


Pour ceux qui veulent voir l'interview.


Site de Jöel de Rosnay

Une petite vidéo de Joël De Rosnay sur le site de Daneel Ariantho où il reprend les thèmes du web.04


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vendredi 1 février 2008

Second Life: Un véritable voyage


Au début de ma vie virtuelle, je me demandais pourquoi je me sentais enrichi du simple fait de voyager dans un monde virtuel.
Comme beaucoup d'avatars, je sentais bien qu'il y avait quelque chose de spécifique à ce type de voyage sans que je puisse le cerner totalement. Aller sur Second Life est une expérience intime, profonde, nuancée. De même que la vie "réelle", elle contient aussi sa part de mystère.

Par chance je suis tombé sur Marcel Proust. Pas sur lui en chair et en os, je ne suis pas encore totalement délirant, mais sur une citation faite par lui dans "A la Recherche du Temps Perdu":

"Le seul véritable voyage, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux".

Cela m'a fait "tilt". Si les expéditions dans le monde virtuel me procurent cette joie si particulière c'est parce qu'elles me donnent d'autres yeux. La plupart du temps, quand je reviens dans le monde « tangible », mon regard a changé. Il s'est décalé. L'effet est assez fort pour que je me penche de nouveau sur la question.
Comment l'expérience du virtuel peut elle transformer notre regard? Et donc notre vie?



1) L'expérience du virtuel ou la connaissance de soi.

En explorant cet univers dans une autre enveloppe que mon corps réel, dans un autre personnage que ma "personne réelle », vont s'éveiller des facettes de moi-même impossible à voir ou à révéler dans le monde tangible.

Le monde virtuel agit alors comme un révélateur de notre essence profonde, qui est véritablement multiple et diverse. Il enrichit notre personnalité en nous permettant de découvrir ces nouvelles facettes. C'est une forme de "renaissance". Pour de nombreux avatars d'ailleurs, l'occasion d'un nouveau départ. ( Nouveau métier, nouveaux comportements, nouvelles préoccupations, etc.)

D’une manière générale, sortir de son conditionnement (sexe, âge, condition sociale, ou même passer de l'homme à l'animal) pour vivre dans une autre "enveloppe" est non pas une fuite, mais une porte ouverte vers la connaissance de soi et des autres.
C’est ce que vivent les comédiens lorsqu’ils jouent un rôle. En habitant momentanément des « ego imaginaires » que sont les personnages, ils vont explorer sans risque ou presque, les recoins profonds et inconnus de leur personnalité.


Il y a là matière à se réjouir. Nous sommes beaucoup plus multiples et inconnus à nous-mêmes que nous le pensions!
Peu de gens comprennent l'intérêt de ces masques. Ils nous permettent pourtant d'accéder à une plus grande liberté et à élargir notre vision du réel. (voir à ce propos cet article sur l'identité virtuelle)

2) Second Life : un voyage de l'esprit.




Lorsque je vais sur SL, de même que lorsque je regarde un film, mon esprit voyage alors que mon corps ne bouge pas (ou presque). Que se passe-t-il pendant ce voyage?

Mon esprit coupe avec le réel "matériel" pour aller dans un autre réel. Un réel plus fluide, débarrassé de certaines contraintes physiques, mais un réel tout de même.
Sur SL, je me confronte aux autres, à la rencontre, au bon et au mauvais de chacun, à la jalousie, l'amour, l'amitié, la réussite etc. Les entreprises, elles, se confrontent à la concurrence, au choix d'une stratégie plutôt qu'une autre à des candidats qu’elles engagent. Second Life est une société à part entière et même si ce réel est généralement "fun", il peut être dans certains cas dramatique voire tragique. On y prend des risques financiers, amoureux, artistiques.

Pendant ce voyage, bien entendu, mes fonctions vitales restent "basées" dans le premier réel. Mais pendant un moment, mon esprit vit véritablement autant de choses que si je vivais dans le monde réel. Après une incursion dans le virtuel je ressens très nettement que j'ai vécu "autre chose" "ailleurs".

Lorsque je reviens dans la vie matérielle, ce voyage m'a donné du recul sur ma propre vie. Une sorte de distance bienfaitrice. Comme un cosmonaute qui a eu la chance de vivre un moment dans d'autres conditions spatio-temporelles. Pour certains c'est une expérience spirituelle tellement forte qu'elle génère à leur retour une autre façon de vivre. Voyager dans le virtuel, sortir sa vie et de son conditionnement est une manière de s'éloigner de ses automatismes et du mouvement incessant de la vie. C'est clairement une façon de se régénérer. À l’issue de cette expérience, il m'est apparu clairement que l'esprit peut se passer du corps pour mener sa vie et s'enrichir. Il a une vie à part entière.

3) Réveiller notre âme d'enfant


Un avatar "robot-pieuvre"

Aller sur SL est comme on dit, "fun". C'est comme si l'on redécouvrait que la vie pouvait être drôle. Jouer à dîner, à s'allonger sur une plage, ou encore à se faire croire qu'on est un robot-pieuvre, nous remet immédiatement en contact avec la dimension ludique et poétique de la vie. Une dimension que nous avons tendance à oublier. Ne dit-on pas dans la Kabbale que le monde est "d'essence poétique"?
En réactivant notre imaginaire et notre fantaisie nous redonnons à la réalité sa juste dimension. Je crois même que lorsque l'imaginaire est en marche, c'est un véritable accomplissement pour notre cerveau. Il se remet à vivre à sa pleine capacité. Il retrouve son élan initial. Il s'anime et nous fait voir la vie sous un autre jour. J'ai envie de dire, sous son vrai jour.

Agir dans un monde qu'on imagine en partie nous fait retrouver ce qu'on appelle "notre âme d'enfant". Il s'agit ici non pas de naïveté ou d'infantilité, mais de retrouver notre esprit de découverte, notre innocence, notre joie de vivre. Celle que nous avions naturellement lorsque nous étions de "petits enfants."

Ce processus est fondamental. Réactiver ce réservoir puissant contenu dans notre enfance redonne à la vie une saveur, une couleur que nous aurions pu croire disparue.
La vie est sans doute un chant, mais qui, à part les enfants, les artistes et les Sages, le ressent au plus profond? Citons un grand prophète, un grand poète, que tout le monde connaît et qui disait à propos des enfants:
"Le Royaume des Cieux est pour ceux qui leur ressemblent..."

Jésus (Matthieu 19;14).


4) Le virtuel ou l'effet miroir

Un des effets que de nombreux avatars vivent après leurs premières incursions dans le virtuel est ce que j'ai appelé: "l'effet miroir".
Tout à coup on se met à voir le monde réel par rapport au monde virtuel. Les humains ressemblent aux avatars, les immeubles de la vie réelle nous font penser aux immeubles du virtuel. Comme si les deux mondes se superposaient dans notre esprit. Cet effet n'est pas un délire. Il est révélateur du fait que les deux univers cohabitent à l'intérieur de nous. Ils peuvent être comparés, ils peuvent se compléter et ils ne sont évidemment pas étanches. Edward Castranova avait parlé de "porosité" entre le virtuel et le réel. Non seulement l'homme peut passer à tout moment du monde "réel" à un monde "synthétique". Mais en plus il intègre les expériences vécues dans un monde pour les appliquer dans l'autre.

L'idée est sans doute troublante mais depuis SL, le monde "réel" n'est plus la seule référence.(Ce qui n'empêche pas de reconnaître l'absolue beauté du Cosmos, sa dimension mystérieuse et sacrée). Les mondes virtuels nous contraignent donc à réenvisager notre réel et à le requestionner.


5) Le virtuel ou la naissance de nouvelles problématiques humaines


(Je ne traiterai pas ici les problématiques concernant l'amour et la sexualité des avatars qui mériteraient à elles seules, un article entier.)
Vivre dans le virtuel nous pose des questions. De même que pour la vie réelle, je ne peux avoir de certitude absolue. Elle nous pose par exemple des questions identitaires. "Qu'est-ce que l'avatar? Un autre"moi" plongé dans un autre contexte? "

Des questions philosophiques. "Le Réel n'est-il qu'à l'intérieur de moi? Quelle est la valeur du vécu "virtuel"?

Des questions éthiques: "Comment vivre en harmonie dans deux univers différents? Quelles sont les conséquences sur nos vies réelles de nos actions dans le virtuel?"

Ou même des questions métaphysiques. " Toute Créature a-t-elle un Créateur? L'avatar intelligent finira-t-il par penser par lui-même et se révolter contre son Créateur? N'est-ce pas finalement l'histoire de l'homme qui se répète? "


Le voyage dans le virtuel me donne aussi d'autres yeux parce qu'il me questionne sans cesse. Il m'apprend sans doute à mieux vivre et à m'améliorer. Par différents aspects, il est "initiatique". C'est aussi pour cette raison qu'il se heurte à autant d'incompréhension.


À mon humble avis c'est faire preuve d'ignorance et de peur que de réduire la plongée dans le virtuel comme cela est dit souvent, à une fuite pathologique du réel.
Les résidents de Second Life ne sont pas nécessairement des malades mentaux à enfermer très vite, des frustrés du sexe, des gens "seuls et malheureux dans leur pauvre petite vie", des complexés par leur physique nécessairement ingrat, des timides maladifs, des gens perdus qui recherchent un paradis artificiel gratuit et sans risque...


Les explorateurs du virtuel sont à mon avis, tout aussi amoureux de la vie réelle que les autres, ils sont tout aussi sensibles à la présence humaine, à la beauté de la nature, à l'art, bref ils sont tout aussi "normaux" et humains que ceux qui préfèrent regarder la télé....



Cette expérience de vie peut, si nous le souhaitons, nous apprendre sur la Vie.




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dimanche 1 juillet 2007

Second Life: Souvenirs secondlifiens


Area 51, 14 février 2007- Archives personnelles-

Je suis allé voir Hatzfeld Runo. Il fait partie des premiers avatars que j'ai connus au début de ma vie sur Second Life. Nous ne nous connaissons pas très bien mais sur Second Life, tout est plus rapide. Il suffit de passer une soirée avec un avatar pour qu'il fasse partie de votre liste d'amis et de votre paysage mental. Hatzfeld a de plus la particularité d'être quasi-systématiquement online quand j'y suis. Depuis quelque temps, il m'envoyait régulièrement des "notes card" sur la boutique de tatouages,Tiki Lounge et Tikki Tattoo qu'il a récemment créée.


Sa boutique est en fait un bout de plage très cool sur une île. Cela m'a agréablement surpris. Musique reggae, palmiers, bruits de vagues. On est tout de suite dans l'ambiance.

Finalement il y a une continuité dans les êtres. Quand je l'ai connu il passait son temps avec ses potes sur un autre "bout de plage" à Area 51.

Maintenant c'est lui qui a créé l'endroit de ses rêves. C'est un des effets de Second Life. Si on y reste, on finit par faire des choses que l'on aime et qui nous ressemblent.


J'ai quelques souvenirs avec Hatzfeld: il m'avait invité une fois dans une folle soirée où nous nous étions au moins 6 ou 8 avatars à danser de façon totalement synchronisée sur une plage adulte.


J'avais quelques problèmes de cheveux à l'époque. J'en ai toujours. Mais passons sur ce sujet sensible.

Hatzfeld était l'initiateur de cette soirée, le boute-en train qu'on est content d'avoir près de soi, quand on veut s'amuser.

Hatezfeld est derrière moi, avec mes cheveux intermittents.

Je me souviens aussi d'une discussion avec lui qui m'avait beaucoup éclairé. Il me disait que sa vie sur Second Life avait beaucoup changé. Il voyait beaucoup moins de monde qu'au début et surtout il s'était lancé dans la construction.
Je commençais moi-même à échafauder l'hypothèse qu'une vie à long terme sur Second Life ne peut se limiter à juste " du fun". Chez la plupart des avatars qui y restent, le besoin d'y faire quelque chose de "concret" se fait sentir. Trouver un boulot, construire, créer.


Ce soir-là quand j'ai débarqué sur son île, Hatzfeld était avec une amie à lui, Angelica, qui a l'air de bien le connaître. Hatzfeld m'avoue qu'il a rarement autant ri qu'avec cette avatar. Nous parlons du passé. Ils évoquent des souvenirs en commun, au ski, et puis un saut en parachute particulièrement hilarant. De grands moments vécus ensemble. Une vraie complicité d'avatars.

Angelica: J'avais les cheveux longs à l'époque, tu te souviens?
Apparemment Hatzfeld avait lui aussi un souvenir précis de cette époque.


Tout cela m'a beaucoup troublé. Bon il est vrai que je suis particulièrement sensible aux cheveux et entendre Angelica relier un souvenir de vie sur Second Life à un souvenir capillaire m'a fait quelque chose. Mais ici il s'agit d'autre chose. Angelica évoquait devant moi un vrai "souvenir secondLifien".
Le souvenir secondLifien est émotionnellement très fort, particulièrement marquant et n'a rien à voir avec d'un souvenir de notre vie "matérielle". Il nous poursuit souvent, le lendemain d'une connexion particulièrement riche. Il imbibe notre quotidien, l'éclaire parfois. Il persiste de façon puissante dans notre esprit, un peu comme une persistance rétinienne. Le lendemain d'une belle soirée passée sur SL, nous sommes comme dans une sorte de nuage enveloppant.

Les souvenirs secondLifiens ressemblent à des rêves. On pourrait les qualifier de "souvenirs-rêves". Le vécu virtuel ressemble par certains aspects à notre vécu "onirique".


Lorsque nous rêvons, notre corps est au repos. Cela permet à l'esprit de se libérer. Comme dans le virtuel. Notre cerveau n'a plus à mobiliser cette énergie pour esquiver un danger corporel, ou pour tout simplement marcher droit dans la rue. Le corps ne risque rien. Il est désactivé. L'esprit peut alors se concentrer sur sa propre vie. Il peut "vivre" sa vie. S'exprimer librement.

Hatzfeld laisse ici son esprit s'exprimer.(Avec l'accord D'Aniah)

Dans le virtuel, cette économie du corps permet à l'esprit d'être largement plus disponible, plus réceptif et plus libre. Cela donne un relief particulier à notre vécu. Il suffit d'écouter ceux qui y vivent des histoires d'amour. Elles ont une intensité particulière. Pas seulement due au fait de fantasmer sur ce que l'autre pourrait être. Mais surtout parce que la tête marche à 100% dans ce monde, débarrassée des contraintes du corps.

Malgré les apparences, c'est ici l'esprit qui agit et non pas la main d'Hatzfeld.

Le vécu virtuel est sans aucun doute un vécu plus spirituel. La mise en sommeil du corps et la grande implication de notre esprit dans le virtuel est une richesse que nous avons commencée à expérimenter. Il s'y passe nécessairement autre chose entre les êtres. Cette possibilité nouvelle peut être une source merveilleuse de rapprochement entre les êtres. Comme elle peut aussi tourner au drame et au rejet de l'autre. Comme toujours, nous avons le choix. Construire ou détruire.
J'ai laissé Hatzfeld car il était tard et il devait continuer sa propre "construction".



Les souvenirs Secondlifiens ne seraient-ils pas comme des tatouages?





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