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samedi 1 novembre 2008

Second Life: Une simple question



Au cours d'un concert que je n'écoutais pas vraiment, j'ai commencé une discussion avec une avatar qui m'a posé une question simple.

"Penses-tu que nous si nous sommes autant "pris" par Second Life c'est parce que nous permettons aux autres de nous connaître à un niveau beaucoup plus profond que dans la RL?"

Question juste. Je n'avais pas encore vu les choses sous cet angle. Je lui ai répondu que la réponse était sûrement contenue dans sa question. " Oui pour certains cela marche sûrement comme ça..."

Pour elle, il ne pouvait en être autrement. "Ici les gens se sentent en sécurité pour s'exprimer eux-mêmes."

Elle parlait d'elle-même. Sans doute. Chaque avatar se révèle à travers ses propres questions sur SL. Chacun a sa façon de voir ce monde. Et personne ne détient la vérité sur SL, ni sur aucun autre monde.
Chaque vécu diffère, mais tous se rejoignent ou se confrontent, se complètent, s'enrichissent.
Cela devrait être exactement la même chose dans la RL n'est-ce pas? C'est parfois le cas.
L'expérience de SL avait permis à cet avatar de comprendre des choses sur le monde réel: Finalement, nous ne nous exprimons pas avec une grande liberté dans ce monde.

Et sa question en a appelé une autre chez moi: Est-ce que l'expérience de SL permet de voir le monde réel avec d'autres yeux?

La réponse est incluse dans la question...





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dimanche 28 septembre 2008

Poppy,un personnage réel...


Je vais parler de ma real life. C'est rare. Il va falloir en profiter. (Non, la photo que vous regardez n'est pas celle de ma petite copine.)
Ce que je vais révéler de ma real life c'est l'événement suivant: j'ai vu un film qui s'appelle "Be happy" de Mike Leigh. Gros scoop n'est-ce pas?
Je ne ferai pas ici la critique de ce film, car je ne suis pas là pour critiquer. Je souhaite uniquement parler du personnage principal, Poppy, (interprété par Sally Hawkins, qui a remporté l'Ours d'argent du Prix d'interprétation féminine à Berlin.)
Pour moi Poppy est l'un des personnages les plus intéressants vu au cinéma ces dernières années. Et grâce à elle j'ai compris un petit truc sur le virtuel.

Cette fille de trente ans a la particularité d'être particulièrement heureuse, elle est quasiment toujours souriante, pleine de vie et d'énergie. Elle est tellement heureuse qu'elle pourrait passer pour une "idiote". Tout, ou presque la fait rire , ou sourire. Poppy n'a absolument aucun esprit de sérieux.
Le premier réflexe d'un occidental face à un tel personnage est d'être très agacé. D'ailleurs, certains amis (des femmes surtout) m'ont dit qu'au bout d'un moment que Poppy leur tapait sur le "système". Et d'autres, n'adhèrent pas au film parce qu'ils ne peuvent croire qu'une personne aussi heureuse puisse exister. Enfin je suppose que nombreux sont ceux qui pensent que cette joie de vivre dans un monde pareil, est une forme de naïveté, d'inconscience et d'irresponsabilité.

Le film nous dit au contraire que Poppy est réellement plus forte que ceux qui voient le monde avec des lunettes sombres. Même quand elle se fait agresser, elle parvient à neutraliser l'énergie de l'agresseur. La haine glisse sur elle. Son attitude m'a fait penser au fameux: "Tend l'autre joue" de mon pote Jésus.(Il est important d'être ami avec les prophètes). Ne pas répondre à l'agression par l'agression permet de stopper le cycle infernal de la haine. Et c'est ce que fait Poppy durant tout le film, sauf lorsqu'elle est agressée physiquement.

Pourquoi Poppy m'a-t-elle fait un tel effet?
Rien de sexuel dans cette attirance. Poppy fait du bien aux gens autour d'elle dans le film, mais aussi- et c'est cela le plus incroyable- elle fait du bien aux spectateurs. Assis dans mon fauteuil, je me suis pris de plein fouet sa bonne énergie, et suis reparti rechargé, rempli, et plus aimant dans la vie réelle.

Après ce film j'ai pensé au rapport entre le virtuel et le réel. Poppy n'existe pas. C'est une personnage de fiction. Elle est "virtuelle". Bien entendu, elle est servie magistralement par une actrice éblouissante. Il y a de la chair et du sang derrière ce personnage. Mais le fait est que j'ai reçu de l'amour de la part d'un personnage qui n'existe pas dans le réel. Et comme elle m'a fait du bien, j'ai eu des sentiments réels pour elle.
Cela m'a fait réaliser que le monde dit"virtuel" n'a de virtuel que son enveloppe. C'est un écran. Un écran où s'échangent continuellement des affects, des idées, et des sentiments. Dès qu'il y a de l'humain quelque part, même s'il est caché derrière un personnage de fiction, un avatar, une oeuvre, ou même un robot, il y a une communication possible. Peu importe le média utilisé. Peu importe aussi s'il se passe dans un monde synthétique ou un monde "naturel". L'échange a lieu et c'est cela qui compte.


Quand cet échange de "fluides" a lieu, les frontières entre le réel et le virtuel, entre la réalité et la fiction s'abolissent d'elles-mêmes. Nous nous enrichissons simplement de la présence de l'autre.
C'est très simple. Archi-simple. Trop simple pour être compris?

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samedi 24 mai 2008

Second Life: " Un monde anecdotique"



Une bonne amie RL, qui ne fréquente pas SL, était contente de voir que je me recentrais sur mes projets RL.
Elle m'a avoué, avec gentillesse et sans agressivité particulière, qu'elle trouvait que "je me perdais avec SL". Que ce monde et les projets que je voulais y réaliser avaient tendance à me dévier de mes projets RL.

Sa remarque est légitime et pragmatique. Accomplir des projets sur SL, y consacrer du temps ne permet pas de retirer autant de bénéfices et de reconnaissance qu'un projet dans le monde tangible. Pour elle, entre deux projets, l'un RL et l'autre SL, il n'y a pas à hésiter.

Il est évident que la réussite dans un monde comme Second Life n'est reconnue que par ceux qui y résident ou qui s'y intéressent, c’est-à-dire une minorité de gens. Les projets SL eux restent cantonnés dans un monde synthétique et ont peu de chance à ce jour de passer de l'autre côté de la "membrane".

De plus, à ce jour seule une minorité de résidents gagne leur vie sur SL. Et vu ce que je veux faire sur SL,( j'en parlerai lorsque cela sera fait) je ne risque pas de rivaliser avec Anshe Chung la première millionnaire de SL (et sexy en plus).

Copyright Anshe Chung

Pour des yeux profanes, ce monde a quelque chose de franchement anecdotique. D'abord la plupart le considère encore comme un jeu (bien que l'idée qu'il soit un univers à part entière commence à faire son chemin.) Et puis, même lorsque SL est considéré comme un univers, la plupart du temps, il est diabolisé ou minimisé. Rarement apprécié à sa juste valeur.

Soyons honnête. Bien que j'y ai vécu des choses absolument extra-ordinaires, que j'ai pu prendre un plaisir fou à y passer du temps, il m'est arrivé moi-même de minimiser l'importance de Second Life.
Pourquoi, moi, un défenseur de SL, j'ai pu penser par moments que SL était un monde secondaire?
Cela tient essentiellement au fait que je sois aussi un être humain et pas seulement un avatar.


Que pense l'être humain en moi?
Comme tous les autres êtres humains, je peux vivre sans Second Life. Je respire, je mange, je travaille dans la RL. Il y a des périodes où je ne vais pas sur SL, par manque de disponibilité, de temps ou même d'envie. Pour moi comme pour de nombreux êtres humains,Second Life est un monde facultatif et non pas aussi "essentiel" que le monde tangible.

Le fait que je minimise SL a aussi une autre origine. Comme tout être humain j'ai besoin de sentir que ce que je fais est valorisé et apprécié par les autres. Cela m'encourage à continuer. Cela donne une légitimité à mes actions. Or qui valorise les créations sur SL à part les avatars? N'apparaissent-elles pas comme absolument futiles voire inutiles ou absurdes à la plupart des êtres humains?

Pour la plupart des gens, le temps passé sur SL et l'énergie qui y est dépensée ne débouche sur rien de concret. Comment un avatar peut-il bien se sentir dans ses baskets lorsque la plupart des êtres humains pense qu'il perd son temps à s'intéresser à un monde synthétique? N'ayant aucune reconnaissance de la part des personnes qui vivent comme lui dans le monde tangible , il peut finir par se dire qu'il a des lubies, un grain de folie que seuls quelques personnes peuvent comprendre.


En fait cette minimisation, ce rejet de SL, vient d'un conflit récurrent: Je me sens constamment déchiré entre deux mondes parce que j'appartiens à deux mondes. Et comme la plupart des avatars de ma "génération", ma difficulté est bien de résoudre la fameuse question: "comment parvenir à concilier ma Real Life avec Second Life?"
Oui, comment partager intelligemment et harmonieusement mon temps et mon énergie entre ces deux univers, ces deux plateformes de jeu que sont la RL et SL? Comment concilier l'être humain et l'avatar?

Désolé mais je n'ai pas la réponse. Peut-être que l'être humain en moi arrêtera de minimiser sa vie virtuelle lorsque Second Life ou d'autres mondes virtuels équivalents seront pris au sérieux.Il faudra sans doute de longues années. Car il n'est pas évident pour les êtres humains que nous sommes d'accepter sereinement l'émergence d'un univers non plus organique, mais créé par la technologie.
Toute révolution ne peut être digérée et comprise sur le moment.
Alors, en attendant que cela arrive, comment réussir cet équilibre entre ma vie d'être humain et ma vie d'avatar?

Une de mes amies SL m'a peut-être donné la réponse alors que je lui disais souffrir du manque de reconnaissance de ce monde.
Elle me dit très simplement: "Moi quand je viens ici, j'ai plein d'amis. Je suis comme à la maison. Cela me suffit."

Elle se fichait apparemment de la reconnaissance de ce monde. Pour elle,l'amour ou de l'amitié de quelques-uns suffisait à donner un sens à sa vie virtuelle.

J'aimerai avoir cette simplicité. Faire uniquement ce qui me fait plaisir.
Aller sur SL sans compter mon temps, y faire les projets qui me tiennent à coeur et ne pas accorder la priorité à la RL.

Voilà vraiment ce que pense l'avatar en moi. Il lui manque juste de se mettre d'accord avec l'être humain...

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samedi 19 avril 2008

Joël de Rosnay, Second Life et les mondes virtuels


Est-ce l'avatar de Joël de Rosnay? Dieu seul le sait...


J'ai beaucoup d'estime pour Joël de Rosnay. C'est quelqu'un d'intelligent et de sérieux, dont l'avis m'a toujours intéressé.

Je suis tombé sur une petite interview de lui réalisée par "mémoire vive.TV" où il nous donne une idée de ce que pourrait être l'avenir du web. C'est ce qu'il appelle le Web.04. C'est brillant et bien vu.

A la fin de l'interview il est questionné sur Second Life. Et là, à mon grand étonnement, cet esprit brillant, qui connait internet comme sa poche, se met à dire des choses assez floues et caricaturales sur les mondes virtuels. En gros, Joël de Rosnay nous met en garde contre « le risque de confusion entre le réel et le virtuel ». Puis il nous parle de l'illusion que ces mondes peuvent susciter chez les jeunes. "L'illusion d'un temps réversible, qui nous incite à ne pas nous engager, contrairement à la vie réelle, qui elle, est irréversible et engage."

En l'écoutant j'ai vraiment eu le sentiment que cet expert du web ne connaissait pas Second Life.

Cela m'a interrogé.


S'il connaissait bien Second Life, il nous aurait sans doute parlé des possibilités inédites d'enseignement, des cours à l’ université, (15% de l’espace de Second Life est occupé par des universités en ligne, payantes et privées ) de la possibilité pour les handicapés de retrouver "un corps" et d'y mener une vie "réparatrice", des programmes humanitaires et écologiques qui fleurissent, de la possibilité de pratiquer une langue étrangère avec des autochtones sans se déplacer de chez soi, des vocations artistiques que suscitent ces mondes...
Mais non. Il nous parle essentiellement des dangers du virtuel.



Pourquoi même des esprits brillants, cultivés, ne parviennent-ils pas à appréhender les mondes virtuels à leur juste valeur et les réduisent quasi systématiquement à leurs soi-disant "dangers"?

J'ai une hypothèse. Simple. Pour comprendre la richesse des mondes virtuels dans leur réalité la plus intime, il faut les fréquenter. S'y investir. Et subir le choc ou les chocs que la plupart des avatars ont ressenti en fréquentant ces mondes. Des chocs de sens. Des bouleversements intérieurs. Une remise en question de leur façon d'envisager le monde.

A défaut de s'y être frotté vraiment, il est nécessaire de les avoir étudiés longuement pour avoir une chance de comprendre ce qu'ils sont et ce qu'ils ne sont pas. Certains auteurs comme Philippe Quéau, Edward Castranova ou Pierre Lévy ont apporté des pierres à cette compréhension.

Sinon, l'on reste dans une sorte d'ignorance. Une ignorance qui est partagée par de nombreuses personnes, des journalistes, des décideurs, des hommes politique, des philosophes, ce qu'on pourrait appeler "l'élite", qui par ailleurs peut être tout à fait brillante sur d'autres sujets.
Cela m'a fait penser à "l'ignorance de Monsieur Toulemonde."

Monsieur Toulemonde peut aussi être Madame Toulemonde


Au départ, Monsieur Toulemonde" (qui peut être aussi un esprit brillant) a des préjugés sur les mondes virtuels. Cela est normal. Ces mondes sont en train de naître. On ne sait pas ce qu'ils vont impliquer pour l’être humain. C’est l’inconnu. Et comme le dit Joël de Rosnay dans l’interview, ce qui est nouveau fait peur.

Monsieur Toulemonde peut se sentir inquiet à l'idée que de tels mondes puissent exister. (D'ailleurs je trouve que l'expression du visage de Joël de Rosnay au moment où il en parle dans la vidéo laisse paraître une sorte d'inquiétude).

Monsieur Toulemonde est censé. Il n'a pas envie d'un monde où l'on ne communique plus, où l'on s'enferme, où l'on rejette les autres. Qui aurait envie d’un monde pareil ?

Il peut avoir une image péjorative de ces mondes : ce sont des mondes "artificiels", "froids", "inhumains" et "dangereux" ou encore des mondes où « l'on peut confondre la réalité et le virtuel ». Il pense que ces mondes nous poussent non pas vers la réalité mais l'illusion.

De plus, Monsieur Toulemonde a été élevé avec l'idée que seul compte le monde tangible. Il n'a connu que cela. (Entre nous, Monsieur Toulemonde se trompe. Il a toujours vécu dans un monde tangible certes, mais pas uniquement. Le monde de la pensée, de l'art, des idées, dans lequel nous vivons aussi n'est pas un monde "tangible".)

En fait Monsieur Toulemonde, par une sorte de réflexe de peur, revendique la supériorité inaliénable du monde tangible lorsqu'il se sent menacé par l'apparition d'un monde concurrent. C'est un réflexe humain. C’est un réflexe d’auto-défense, de survie peut-être.


(Soit dit en passant, Monsieur Toulemonde rate quelque chose, on ne compte plus les belles filles sur Second Life.)

Monsieur Toulemonde trouve bizarre et même maladif que des gens se détournent de leur vie réelle pour construire une vie virtuelle.
Pour lui un monde virtuel est le résultat d'une civilisation malade, aliénée, perdue, un symptôme révélateur du malaise de notre société.



J'étais moi aussi, ce Monsieur Toulemonde. ( A peu de chose près)
Second Life, avant que j’y aille, m'a fait peur. Il n' était pas évident de passer de l'autre côté du miroir. Mais un jour j'ai fait un plongeon, avec peur certes, mais j'ai osé plonger.


J 'ai été supris par ce que j'ai vécu. Je ne m'attendais pas à ce que progressivement mes préjugés tombent un à un.

D’abord, au bout d'un moment, à mon grand étonnement, j'ai commencé à sentir les effets bénéfiques que la fréquentation de ce monde non tangible avait sur ma vie tangible.
J’ai découvert que j’étais un autre tout en restant moi-même.



J'ai eu des idées, des sensations, des émotions nouvelles. J’ai même par moment commencé à me sentir "meilleur. " A être plus créatif.
Cela n'a rien de magique ou de bizarre.
Les mondes virtuels permettent de se découvrir soi tel qu'on ne s'était jamais vu.

Il est vrai que Joël de Rosnay évoque lui aussi " une meilleure connaissance de soi" comme conséquence des mondes virtuels. Seulement il oppose cet aspect "positif" de SL à "un énorme défaut: l'illusion dans lequel nous plonge le monde virtuel."

Il y a là, à mon avis une contradiction. C'est justement cette connaissance de soi qui permet d'être moins dans l'illusion, de savoir ce qui est essentiel à nos vies et de nous engager avec plus de force et de sagesse dans l'aventure de la Vie. On pourrait même dire "dans les vies tangibles et non tangibles". Dans toute sorte de vie.



Car là est bien le secret que connaissent les avatars pour l'avoir vécu: Second Life, est un univers dans lequel on mène une vie, avec tout ce qui va avec. Engagement ou désengagement, illusions et désillusions, travail et loisir, amour et souffrance.



Et cette vie ne nous détourne pas de la vie réelle. La socialisation que créent ces mondes ne m’a pas enlevé le plaisir que j'ai à être physiquement avec les autres. Au contraire. Je peux mesurer aujourd'hui avec plus d’acuité la richesse du contact humain, l’irremplaçable présence humaine. Je ne suis pas le seul.

Par ailleurs, la vie virtuelle créé un autre mode de communication avec les autres. Une autre saveur relationnelle. Elle nous met en contact avec le reste du monde, "physiquement". Pouvoir agir, bouger, parler, marcher, danser simultanément à d'autres à l'autre bout du monde, même à travers un avatar, nous rapproche des autres peuples, inévitablement.



Les idées que l'on a sur SL ne sont que la conséquence de différentes peurs.

1) Peur du bouleversement que représente l'apparition des mondes virtuels dans sa vie.
2) Peur de se découvrir soi-même.
3) Peur d'être déstabilisé et troublé par les questions nouvelles qui affleuraient à l'esprit.

Ce sont ces peurs qui étaient à l'origine des préjugés de Monsieur Toulemonde.
Elles sont humaines, mais il est important de les dépasser. Elles ne mènent pas très loin. Mais surtout elles génèrent des idées fausses et empêchent un véritable débat sur les mondes virtuels et sur leur dangers réels.



Ces dangers quels sont-ils réellement?

Ils viennent pour moi du simple fait que Second Life soit un vie. Or toute vie est initiatique. Toute vie est un apprentissage. C'est un terrain sur lequel nous grandissons, bâtissons, avec les risques et les dangers inhérents à « ce » terrain. Il n'est pas nécessairement glissant. Il oblige tout être humain-avatar qui le pratique à y développer une philosophie, un art de vivre, une éthique personnelle pour y vivre le mieux possible.

Par ailleurs, "cette vie" charrie avec elle son lot de questions métaphysiques, ou "méta-virtuelles". Elle nous fait toucher du doigt des questions fondamentales, auxquelles il est difficile aujourd’hui de répondre, des questions sur le rapport entre le corps et l'esprit, des questions sur la nature du réel, sur l'identité de l'être, sur la mort, la sexualité, le Divin.

Le danger vient plus de l'incertitude qu'il y a à vivre cette vie complexe que de la prétendue confusion entre le réel et le virtuel.



Fréquenter un monde virtuel est un vrai investissement. Il faut du temps et de la pratique pour en saisir la substantifique moëlle.( Sachant qu'elle nous échappera à jamais). Il faut aussi de la disponibilité d'esprit, et un désir de découverte toujours renouvelé.
J'espère que de plus en plus d'esprits brillants qui s'intéressent à l'avenir de l'humanité auront un jour la curiosité de connaître la réalité des mondes virtuels dans toute leurs nuances, dans leurs dangers véritables comme dans leur capacité particulière à faire avancer l'homme vers sa propre connaissance.



Joël? C'est vous?


Pour ceux qui veulent voir l'interview.


Site de Jöel de Rosnay

Une petite vidéo de Joël De Rosnay sur le site de Daneel Ariantho où il reprend les thèmes du web.04


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jeudi 27 mars 2008

Second Life: Les vieux


Dans la vie réelle, lorsque nous croisons quelqu'un de vieux, nous ne voyons plus l'enfant qu'il a été. Nous ne voyons plus sa fraîcheur. Nous avons tort. Nous nous fions à l'apparence. Pourtant sa fraîcheur est là. Elle n'est jamais partie, seulement elle n'est plus visible.


Sur SL, tout le monde ou presque est "frais". Cela correspond la Réalité Intérieure des choses. Il y une partie de nous qui ne vieillit jamais, malgré l'âge du corps.
En ce sens SL, qui permet aux vieux de montrer leur fraîcheur éternelle est plus proche de la Réalité que le monde réel.

" Il est interdit d'être vieux"
Rabbi Nahman


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vendredi 7 mars 2008

Second Life: Un village mondial


La première fois qu'un chanteur sur scène m'a dit "Hy Myster, or Maïster?" pour me remercier d'être présent à son concert, cela m'a fait un effet " Silien". Ce fameux "truc" qui me met dedans instantanément et qui crée une sensation intérieure inédite et surréaliste. C'est un plaisir fou d'entendre son pronom prononcé (ou chatté) par un inconnu sans avoir eu à se présenter.(D'ailleurs, prononcer "Maïster"). A chaque fois je me sens exister puissance dix.
C'est tellement évident que je n'y avais pas pensé avant. Ce qui favorise la rencontre n'est pas seulement l'anonymat. Mais aussi le fait de pouvoir connaître immédiatement l'identité virtuelle de chaque avatar. C'est une différence notable avec la real life. Ici, dès le premier regard, l'anonyme n'est déjà plus un anonyme. Il existe un peu plus. Il n'est pas un "étranger", mais bien une sorte de "frère"...


D'ailleurs, la plupart du temps, l'on entre dans la vie de gens qu'on ne connaît pas. On fume une chicha avec eux alors qu'une minute auparavant on ne savait même pas qu'ils existaient.

La parole est libérée. Pas besoin de présentation. Pas besoin de briser la glace. En quelques clics on a...

...philosophé avec des inconnus...



...fait l'amour à une inconnue...( N.B: ce n'est pas moi sur la photo...)



...refait le monde avec des inconnus...

Comme si nous faisions partie de la même famille et que nous pouvions enfin le vivre et l'exprimer. Ici, comme me le faisait remarquer une amie sur SL, les relations sont construites sur la communication.
Moments bénis où nous pouvons sentir affleurer cette fraternité trop souvent refoulée dans la real life.
Nous sommes en effet beaucoup plus proches des autres que nous avons tendance à le penser. Et ce petit village nous permet, à notre insu, de l'expérimenter.


Faut-il passer par le virtuel pour réapprendre la fraternité?
Pas seulement. Mais pourquoi s'en priver, si cela permet à l'être humain de grandir?

Ce petit village mondial disparaîtra peut-être un jour, ou évoluera différemment. J'essayerai alors de me souvenir de cette sensation de me sentir bien avec les autres, de ces échanges, et de la joie qu'elle procurait...

mercredi 20 février 2008

Second Life: Un monde de mentors

Je reçois une notecard de Mimi Carpenter pour un concert à la Coopération française. Je m'y rends, sans doute trop tard. Elle était là mais le concert semblait terminé. Il y avait un monde fou. Et beaucoup de noobs français venus chercher de l'aide.




Une jeune noob , toute vêtue de blanc (une fan de Loulou ? ) complètement perdue, demandait de l'aide à qui pouvait l'entendre. Elle était assise et ne savait pas comment bouger. "Je stagne", m'a-t-elle dit... J'ai bien aimé cette expression.
Elle venait de débarquer ce jour-même, peut-être même à l'instant. Limite affolée par ce qui lui arrivait, elle voulait savoir comment jouer, comment rencontrer des gens, quoi faire ici. Je lui ai dit que Second Life n'était pas un jeu, mais un Univers. Qu'il était possible de faire des milliers de choses mais que c'était à soi de se fixer ses propres objectifs.

- Quels conseils me donnerais-tu?
- Juste d’être ouverte, sympa et... patiente!

J'ai cherché à l'aider le mieux possible pour qu'elle ne se décourage pas. Je me suis même surpris à craindre pour sa vie virtuelle. Allait-t-elle durer une journée? Quelques mois? Une vie entière? Allait-elle passait à côté du "truc"?

La réussite de la vie virtuelle peut tenir à un fil.

Tout en lui parlant, je me souvenais de mes débuts. J'avais oublié que moi aussi j'étais dans un état de dépendance. J'avais eu besoin des autres pour des choses aussi simples que danser, passer du jour à la nuit, ou même trouver un lieu intéressant.
Depuis ses débuts, Second Life a généré une longue chaîne de solidarité entre les résidents. Une chaîne d'entraide où les plus aguerris transmettent leur savoir à ceux qui débutent.
L'apprentissage d'une vie passe par les autres.

Cette rencontre m'a éclairé sur le rôle des "mentors", qui ont décidé de donner une partie de leur temps à aider les autres.

Ce choix altruiste suscitait mon admiration et en même temps m'intriguait. Donner de son temps à des inconnus, les aider à résoudre toutes sortes de problèmes, juste pour le plaisir de le faire, me semblait génial et incompréhensible en même temps. Pourquoi cette générosité? Comment l'expliquer?

Et puis j'ai compris. Enfin, je crois. Les mentors représentent la partie visible de l'iceberg. "Donner" est une des raisons d'être de nombreux résidents dans ce monde. Vision naïve?

Des musiciens donnent des concerts gratuits. Des créateurs, comme Yadni Monde mettent à disposition des centaines d'objets virtuels gratuits, des builders créent des lieux de vie stupéfiants. Des dizaines de tutoriaux sont créés pour nous aider à évoluer dans ce monde, des Sims comme la Coopération Française sont conçues exprès pour aider les noobs, et enfin des blogueurs partagent leurs connaissances et leur savoir.

Second Life est un monde de mentors.

Donner quelque chose de la compréhension de ce monde mystérieux est pour de nombreux résidents une raison de vivre. Une nécessité, que j'ai moi-même ressentie.

Je n'avais pas vu que cette solidarité si particulière, dont j'avais déjà parlé était si ancrée dans cet univers. Second Life a fait naître une génération de "passeurs".
Cela est très réjouissant. Cela fait partie de la culture SL.
Parce que nous sommes au début de l'ère "virtuelle"?
Parce que nous sommes encore en minorité?
Parce que nous voulons faire savoir au reste du monde que l'expérience du virtuel peut enrichir l'être humain?

Au cours de ma vie Slienne de nombreuses personnes m'ont transmis, parfois même sans s'en rendre compte, par leurs connaissances techniques, leurs réflexions, leurs écrits, leur art, ou même par leur façon d'être, des éclairages qui m'ont permis d'avancer.
Les noobs n'échappent pas à cette règle. Ces "apprentis de la vie virtuelle" nous rappellent sans cesse, par leurs questions, leur fraîcheur, leurs peurs, ce que nous étions et ce que nous sommes devenus. N'oublions pas que certains d'entre eux seront en mesure, un jour, de transmettre...

" Si je devais retirer tout ce que les autres m'ont apporté, il ne me resterait que la peau et les os"

Goethe




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samedi 9 février 2008

Second Life: De femme à femme


Quand je veux être seul, tranquille, j'utilise mon avatar féminin. Je n'ai aucun ami sur ma liste et cela me permet d'être totalement anonyme. J'ai l'impression que chaque vie créée, chaque nouveau personnage qu'on interprète vient compléter les vies précédentes. C'est peut-être le cas quand on passe de la vie RL à la vie SL. C'est aussi ce que permettent les "avatars alternatifs" par rapport aux avatars officiels. Myster a des amis, des lecteurs, une vie sociale relative.
Quand je suis mon personnage féminin, je n'ai pas les mêmes envies que Myster. Je n'ai pas envie de fréquenter les mêmes lieux, et très logiquement je ne rencontre pas le même type de personnes. Comme si mes personnalités étaient très différentes. D'ailleurs, elles le sont.

L'autre soir, je me suis retrouvée à un endroit où une autre avatar faisait des essais de programmation avec ses créations. Nous étions toutes les deux toutes seules et nous avions engagé une conversation. De femme à femme.
À un moment, elle m'a demandé de l'aider à tester ses animations. Peut-être qu'elle a senti en moi la fille gentille prête à rendre service. Ou peut-être tout simplement que j'étais la seule avatar dans les parages.
En tout cas, j'ai passé un certain temps à cliquer sur ses boules. Enfin, les boules qu'elle avait créées. Je crois que ça lui a fait plaisir.

C'est un peu ça Second Life. On peut passer une soirée entière à cliquer sur des boules roses et bleues juste pour rendre service à quelqu'un que l’on connaît à peine. Cette solidarité Silienne , très présente, vient peut-être des difficultés techniques qu'il y a à vivre dans cet univers et auxquelles nous sommes tous confrontés. Nous aimons aider les autres. Il y a même ici des "mentors", ces avatars dont l’activité consiste à aider "les apprentis" à apprivoiser la vie virtuelle. Gratuitement. Pour le plaisir d'aider.

Je me suis retrouvée assise à côté elle sur son tapis. J'ai été troublée par notre proximité physique. C'était la première fois qu'en tant que femme que je m'asseyais à côté d'une femme.
Est-ce que ce trouble venait du fait qu'elle ne sache pas que j'étais un homme dans la réalité? Pas seulement. Notre relation était celle de deux femmes entre elles. Et ça, je ne l'avais pas encore expérimenté.
Un homme est venu pour nous parler. J'ai tout juste été polie. C'était un gentil noob, on l'a aidé, mais j'avais envie de rester tranquille avec elle.

Dans notre rencontre, il n'y avait rien d'un mensonge ou d'une tricherie. Elle m'a prise pour une femme et c'est ce que j'étais à ce moment-là.
Si j'avais tenté de la séduire, elle m'aurait peut-être dit qu'elle n'était pas lesbienne. Et si elle avait été tentée par une aventure homosexuelle, le fait que je sois un homme ne l'aurait pas empêchée d'imaginer qu'elle a fait l'amour avec une femme.

Ceux qui viennent ici ressentent cette règle du jeu comme une évidence. Dans le virtuel, peu importe s'il s'avère qu'un jeune homme de vingt ans a fait l'amour avec une femme qui en a soixante dix-huit. Car lorsque cela s'est passé, ils étaient tous les deux jeunes et beaux. Peu importe pour le client d'une escort girl , si cette superbe femme qui a su utiliser les bons mots pour le faire jouir est en fait un homme de cinquante ans chauve et bedonnant.
Peu importe qui se "cache" derrière son personnage. Nous l'acceptons sans sourciller. Car nos "âmes" communiquent et cela suffit.

N'y a-t-il pas quelque chose de subversif dans ces nouvelles règles du jeu?
Je le crois. Et cela participe à mon avis de la méfiance que suscite Second Life.
Le monde virtuel se caractérise par l'abolition de barrières et par la création d'une nouvelle manière de communiquer, d'être et d'agir. Il peut même être une opportunité de réparer certaines injustices dans le monde physique. (Pensons par exemple aux handicapés qui peuvent grâce au virtuel avoir un corps comme les autres.) Il peut même devenir pour certains "une seconde chance".

Espérons que la liberté de choisir l'âge, le sexe, et la forme que l'on souhaite sera préservée et qu'elle ne sera pas seulement une parenthèse dans l'histoire de ces mondes alternatifs...

À la fin de la soirée, cette gentille avatar est devenue la première amie de ma liste.

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vendredi 1 février 2008

Second Life: Un véritable voyage


Au début de ma vie virtuelle, je me demandais pourquoi je me sentais enrichi du simple fait de voyager dans un monde virtuel.
Comme beaucoup d'avatars, je sentais bien qu'il y avait quelque chose de spécifique à ce type de voyage sans que je puisse le cerner totalement. Aller sur Second Life est une expérience intime, profonde, nuancée. De même que la vie "réelle", elle contient aussi sa part de mystère.

Par chance je suis tombé sur Marcel Proust. Pas sur lui en chair et en os, je ne suis pas encore totalement délirant, mais sur une citation faite par lui dans "A la Recherche du Temps Perdu":

"Le seul véritable voyage, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux".

Cela m'a fait "tilt". Si les expéditions dans le monde virtuel me procurent cette joie si particulière c'est parce qu'elles me donnent d'autres yeux. La plupart du temps, quand je reviens dans le monde « tangible », mon regard a changé. Il s'est décalé. L'effet est assez fort pour que je me penche de nouveau sur la question.
Comment l'expérience du virtuel peut elle transformer notre regard? Et donc notre vie?



1) L'expérience du virtuel ou la connaissance de soi.

En explorant cet univers dans une autre enveloppe que mon corps réel, dans un autre personnage que ma "personne réelle », vont s'éveiller des facettes de moi-même impossible à voir ou à révéler dans le monde tangible.

Le monde virtuel agit alors comme un révélateur de notre essence profonde, qui est véritablement multiple et diverse. Il enrichit notre personnalité en nous permettant de découvrir ces nouvelles facettes. C'est une forme de "renaissance". Pour de nombreux avatars d'ailleurs, l'occasion d'un nouveau départ. ( Nouveau métier, nouveaux comportements, nouvelles préoccupations, etc.)

D’une manière générale, sortir de son conditionnement (sexe, âge, condition sociale, ou même passer de l'homme à l'animal) pour vivre dans une autre "enveloppe" est non pas une fuite, mais une porte ouverte vers la connaissance de soi et des autres.
C’est ce que vivent les comédiens lorsqu’ils jouent un rôle. En habitant momentanément des « ego imaginaires » que sont les personnages, ils vont explorer sans risque ou presque, les recoins profonds et inconnus de leur personnalité.


Il y a là matière à se réjouir. Nous sommes beaucoup plus multiples et inconnus à nous-mêmes que nous le pensions!
Peu de gens comprennent l'intérêt de ces masques. Ils nous permettent pourtant d'accéder à une plus grande liberté et à élargir notre vision du réel. (voir à ce propos cet article sur l'identité virtuelle)

2) Second Life : un voyage de l'esprit.




Lorsque je vais sur SL, de même que lorsque je regarde un film, mon esprit voyage alors que mon corps ne bouge pas (ou presque). Que se passe-t-il pendant ce voyage?

Mon esprit coupe avec le réel "matériel" pour aller dans un autre réel. Un réel plus fluide, débarrassé de certaines contraintes physiques, mais un réel tout de même.
Sur SL, je me confronte aux autres, à la rencontre, au bon et au mauvais de chacun, à la jalousie, l'amour, l'amitié, la réussite etc. Les entreprises, elles, se confrontent à la concurrence, au choix d'une stratégie plutôt qu'une autre à des candidats qu’elles engagent. Second Life est une société à part entière et même si ce réel est généralement "fun", il peut être dans certains cas dramatique voire tragique. On y prend des risques financiers, amoureux, artistiques.

Pendant ce voyage, bien entendu, mes fonctions vitales restent "basées" dans le premier réel. Mais pendant un moment, mon esprit vit véritablement autant de choses que si je vivais dans le monde réel. Après une incursion dans le virtuel je ressens très nettement que j'ai vécu "autre chose" "ailleurs".

Lorsque je reviens dans la vie matérielle, ce voyage m'a donné du recul sur ma propre vie. Une sorte de distance bienfaitrice. Comme un cosmonaute qui a eu la chance de vivre un moment dans d'autres conditions spatio-temporelles. Pour certains c'est une expérience spirituelle tellement forte qu'elle génère à leur retour une autre façon de vivre. Voyager dans le virtuel, sortir sa vie et de son conditionnement est une manière de s'éloigner de ses automatismes et du mouvement incessant de la vie. C'est clairement une façon de se régénérer. À l’issue de cette expérience, il m'est apparu clairement que l'esprit peut se passer du corps pour mener sa vie et s'enrichir. Il a une vie à part entière.

3) Réveiller notre âme d'enfant


Un avatar "robot-pieuvre"

Aller sur SL est comme on dit, "fun". C'est comme si l'on redécouvrait que la vie pouvait être drôle. Jouer à dîner, à s'allonger sur une plage, ou encore à se faire croire qu'on est un robot-pieuvre, nous remet immédiatement en contact avec la dimension ludique et poétique de la vie. Une dimension que nous avons tendance à oublier. Ne dit-on pas dans la Kabbale que le monde est "d'essence poétique"?
En réactivant notre imaginaire et notre fantaisie nous redonnons à la réalité sa juste dimension. Je crois même que lorsque l'imaginaire est en marche, c'est un véritable accomplissement pour notre cerveau. Il se remet à vivre à sa pleine capacité. Il retrouve son élan initial. Il s'anime et nous fait voir la vie sous un autre jour. J'ai envie de dire, sous son vrai jour.

Agir dans un monde qu'on imagine en partie nous fait retrouver ce qu'on appelle "notre âme d'enfant". Il s'agit ici non pas de naïveté ou d'infantilité, mais de retrouver notre esprit de découverte, notre innocence, notre joie de vivre. Celle que nous avions naturellement lorsque nous étions de "petits enfants."

Ce processus est fondamental. Réactiver ce réservoir puissant contenu dans notre enfance redonne à la vie une saveur, une couleur que nous aurions pu croire disparue.
La vie est sans doute un chant, mais qui, à part les enfants, les artistes et les Sages, le ressent au plus profond? Citons un grand prophète, un grand poète, que tout le monde connaît et qui disait à propos des enfants:
"Le Royaume des Cieux est pour ceux qui leur ressemblent..."

Jésus (Matthieu 19;14).


4) Le virtuel ou l'effet miroir

Un des effets que de nombreux avatars vivent après leurs premières incursions dans le virtuel est ce que j'ai appelé: "l'effet miroir".
Tout à coup on se met à voir le monde réel par rapport au monde virtuel. Les humains ressemblent aux avatars, les immeubles de la vie réelle nous font penser aux immeubles du virtuel. Comme si les deux mondes se superposaient dans notre esprit. Cet effet n'est pas un délire. Il est révélateur du fait que les deux univers cohabitent à l'intérieur de nous. Ils peuvent être comparés, ils peuvent se compléter et ils ne sont évidemment pas étanches. Edward Castranova avait parlé de "porosité" entre le virtuel et le réel. Non seulement l'homme peut passer à tout moment du monde "réel" à un monde "synthétique". Mais en plus il intègre les expériences vécues dans un monde pour les appliquer dans l'autre.

L'idée est sans doute troublante mais depuis SL, le monde "réel" n'est plus la seule référence.(Ce qui n'empêche pas de reconnaître l'absolue beauté du Cosmos, sa dimension mystérieuse et sacrée). Les mondes virtuels nous contraignent donc à réenvisager notre réel et à le requestionner.


5) Le virtuel ou la naissance de nouvelles problématiques humaines


(Je ne traiterai pas ici les problématiques concernant l'amour et la sexualité des avatars qui mériteraient à elles seules, un article entier.)
Vivre dans le virtuel nous pose des questions. De même que pour la vie réelle, je ne peux avoir de certitude absolue. Elle nous pose par exemple des questions identitaires. "Qu'est-ce que l'avatar? Un autre"moi" plongé dans un autre contexte? "

Des questions philosophiques. "Le Réel n'est-il qu'à l'intérieur de moi? Quelle est la valeur du vécu "virtuel"?

Des questions éthiques: "Comment vivre en harmonie dans deux univers différents? Quelles sont les conséquences sur nos vies réelles de nos actions dans le virtuel?"

Ou même des questions métaphysiques. " Toute Créature a-t-elle un Créateur? L'avatar intelligent finira-t-il par penser par lui-même et se révolter contre son Créateur? N'est-ce pas finalement l'histoire de l'homme qui se répète? "


Le voyage dans le virtuel me donne aussi d'autres yeux parce qu'il me questionne sans cesse. Il m'apprend sans doute à mieux vivre et à m'améliorer. Par différents aspects, il est "initiatique". C'est aussi pour cette raison qu'il se heurte à autant d'incompréhension.


À mon humble avis c'est faire preuve d'ignorance et de peur que de réduire la plongée dans le virtuel comme cela est dit souvent, à une fuite pathologique du réel.
Les résidents de Second Life ne sont pas nécessairement des malades mentaux à enfermer très vite, des frustrés du sexe, des gens "seuls et malheureux dans leur pauvre petite vie", des complexés par leur physique nécessairement ingrat, des timides maladifs, des gens perdus qui recherchent un paradis artificiel gratuit et sans risque...


Les explorateurs du virtuel sont à mon avis, tout aussi amoureux de la vie réelle que les autres, ils sont tout aussi sensibles à la présence humaine, à la beauté de la nature, à l'art, bref ils sont tout aussi "normaux" et humains que ceux qui préfèrent regarder la télé....



Cette expérience de vie peut, si nous le souhaitons, nous apprendre sur la Vie.




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