mercredi 30 mai 2007

Second Life: Une autre planète



Je regarde vers mon passé. La plupart des avatars que j’ai connus au début de ma vie virtuelle ont tout simplement disparu. Jamais en ligne quand j'y suis. Bon. Depuis ma séance avec Lily, ma psy virtuelle, je ne me fais plus de parano excessive. Ce n'est sans doute pas lié à mon comportement. Alors pourquoi ces disparitions?


J'ai une hypothèse. La durée de vie d'un avatar est très courte. Une fois passé le moment de la découverte et de la nouveauté, la plupart ne parviennent pas à trouver un sens à leur vie virtuelle. Ils ne voient pas l'intérêt de persévérer dans ce nouveau monde.

Ides, elle, malgré les apparences, persévère.

Pour durer sur Second Life. Il faut s'accrocher. Cela est moins facile qu'on pourrait le croire. Il y a une liste impressionnante d'obstacles sur le chemin de la vie virtuelle.
D'abord, Second Life n'est pas un jeu, comme cela a déjà été dit maintes fois, mais un "univers virtuel". Très vite, l'on se retrouve face à ses désirs, à son imaginaire, à ses capacités créatives. Il y a fort à parier que cette liberté peut faire peur à certains, ou même rebuter. À partir du moment où l'on est plongé dans un univers où l'on peut faire « ce que l'on veut », ou "tout est possible", se pose alors une question-clé: Que somme-nous réellement capables de faire ? Juste passer de bons moments avec les autres?

Au bout d'un moment, le désir de construire quelque chose, désir typiquement humain, refait surface. Second Life fait naître chez certains des désirs suffisamment forts pour avoir envie de durer. Que ce soit, gagner de l'argent, construire un lieu, créer, se faire un réseau d’amis, avoir des relations sexuelles, changer de vie professionnelle, vivre une histoire d'amour, ou encore découvrir des lieux et les partager, écrire un blog...
A contrario, ceux qui n'ont pas découvert ce que les psys appellent " un bon objet" s'en vont. Ils sont nombreux.

Ensuite, il y a des moments de creux, d'ennui. Il faut les accepter.

En général ils précèdent les moments de créativité. Les avatars qui disparaissent prématurément de cette vie n'ont pas la patience de voir ce qui se passe "après l'ennui". C'est le problème des vies virtuelles. On peut les arrêter à tout moment. On prend. Ça merde. On jette.
Une "vie-kleneex". Tant pis pour eux.

Moi: Tu mets cette tenue dans des occasions spéciales?
Ides: Non, c'est juste une tenue "anti-ennui"...
Moi: Cool!


Un grand moment de maîtrise de soi.

Il y a aussi des déceptions et des frustrations dans cette vie. Pas seulement sexuelles. Au niveau du travail, la concurrence est rude et il n'est pas si facile de gagner sa vie. Même s'il est clair que progressivement, de plus en plus de personnes accèderont à un travail rémunérateur. Par ailleurs, au niveau affectif, on ne compte plus le nombre de "SL drama". Des déceptions amoureuses, des trahisons amicales, des histoires difficiles et compliquées. Second Life est un monde humain avant tout, et toute la gamme des sentiments, de la haine à l'amour y est aussi présente. Alors à côté d'histoires merveilleuses, il y a aura toujours des histoires malheureuses.

Avec Ides, nous restons amis. Plus simple.

Enfin, les avatars doivent faire face aux différents préjugés et réticences envers le virtuel. D'abord nos propres préjugés. J'en ai eu. Et si je cherche bien, je dois encore en avoir quelques-uns nichés dans les profondeurs de mon inconscient. Et puis les préjugés des autres. Combien de fois ai-je lu ou entendu à propos de Second Life:

" Je n'ai pas le temps...
( comme si moi je l'avais)
...J’ai déjà assez à faire avec ma première vie pour en avoir une deuxième … (Comme si moi je n'avais pas assez à faire)
...Ça peut être dangereux, on peut se perdre dans le virtuel… (Ne demande pas ton chemin à quelqu'un, tu risquerais de ne pas t'égarer, dit le Sage)
...Ça correspond à un manque... ( Connaissez-vous une seule personne sur terre qui n'ait aucune frustration? )
...Second Life est triste, on préfère savoir que des gens agissent sur leur vie quotidienne plutôt que dans le virtuel...(cette réflexion à la tonalité "bien-pensante" ce sont des publicitaires français qui l'ont sortie: encore des gens intelligents et visionnaires).
...C’est un monde froid, technologique…( Derrière chaque avatar, il y a un être de chair et de sang et qui parfois même bouillonne de désir)
...On se cache derrière quelque chose... ( Peut-être...mais l'essentiel est invisible pour les yeux...)
Ces réflexions, avec quelques variantes reviennent quasi-systématiquement. Comme si les gens s'étaient donné le mot. C'est presque un réflexe pavlovien. Je ne dis pas que le monde virtuel est parfait. Mais il est étonnant de voir les réactions de crainte, de suspicion, voire d'angoisse qu'il suscite.
La plupart de ces réticences sont avant tout ce que j’appelle : "des préjugés dominés par le sentiment de peur devant l’inconnu. "

Il n'y a qu'une seule réponse aux préjugés: innover, créer, avancer. Enrichir sa vie réelle et sa vie virtuelle, l'une agissant sur l'autre. Peut-être que plus tard, "ceux qui ont peur" finiront par reconnaître que cette expérience est sans doute un pas décisif dans l'histoire de l'homme et ils prendront le train en marche...
Je ne peux pas leur jeter la pierre. Moi-même j'ai souvent douté du bien-fondé de cette démarche. J’ai eu peur moi aussi. Je ne l’oublie pas. Peur de plonger dans le virtuel. Mais j’ai très vite compris que je me faisais peur tout seul.
L’expérience du virtuel m'a permi d’être encore plus dans le réel, de l'élargir en quelque sorte. J'ai été très vigilant sur ses effets dans ma vie réelle. Rien n'a été "détruit" depuis cette aventure. Au contraire. Des priorités ont changé. Des choses se sont révélées. Des désirs se sont concrétisés. La confrontation avec ce monde est , entre autres à l'origine de ce blog . Et cela, pour moi c'est bien réel.


J'ai eu des doutes. J'en aurai encore. Jusqu'à présent, la voix de mon intuition me dit: persévère. Pourquoi ? Et pour quoi faire?
En général on persévère dans des domaines que l’on juge importants, formateurs, essentiels, qui nous font du bien, nous font évoluer, et par conséquent font évoluer les autres. ( Je ne parle pas de ceux qui persévèrent dans la bêtise)

Alors, en quoi le virtuel serait-il "important"?
Le virtuel met en relation des millions d’êtres humains dans un autre univers. Un univers immatériel. Cette plongée dans un autre monde a la faculté de révéler à l'humanité des aspects d'elle-même qu'elle n'avait pas eu l'occasion de révéler jusqu'à présent. Plongés dans un contexte totalement différents, nous pouvons explorer d'autres possibilités, d'autres états de notre être. D'autres couleurs.
Pourquoi ne s'étaient-elle pas exprimées auparavant? Parce que nous ne pouvions même pas y penser. C'est la création de ce nouveau contexte qui crée les conditions d'une nouvelle expression "humaine". Second Life est un révélateur de notre humanité. Mais une humanité qui n'était pas encore visible.



On pourrait comparer cette aventure à la colonisation par des êtres humains d'une nouvelle planète . Tout ce qui s’y passerait serait forcément humain, mais différent de l'humanité qui s'est déja exprimée sur la terre. Des désirs nouveaux surgiraient, une autre forme d'art, de politique, de psychologie, de relations humaines. Pour tout dire, une autre civilisation.

Cela n’est pas « rien ». Cela n'est pas artificiel.

Lorsque je parle ici de "synchronicités", "de monde quantique", lorsque je dis que le réel se montre différemment après des expériences secondlifiennes, c'est logique. Ces incursions dans ce monde "immatériel" nous enrichi d'un réel qui a une autre tonalité, un réel différent, et nous fait percevoir le réel "matériel" avec de nouveaux yeux. Une sorte de "conversion du regard"...



Alors? Oublier le monde réel pour ne vivre que là?
Pas pour moi en tout cas. Cette "deuxième planète sur notre planète" a besoin d'être nourrie par le monde réel, et ce qu'il nous a appris jusqu'à présent. De même, le monde réel s’enrichira des expériences du monde virtuel.
Je regarde vers mon futur. C'est une chance de pouvoir participer à la construction d'une nouvelle culture sur une autre planète.
À nous de la rendre la plus humaine possible.



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Merci à Mackenzie McArdle pour avoir référencer ce blog à la Coopération française
Les photos de simulateur virtuel sont de Stephane Zugzwang. On peut les trouver à Commonwealth Island
Merci à I. pour la figuration sur les photos.

samedi 19 mai 2007

Midnight Shopping vidéo

Ma soirée à Midnight City avec Ides résumée dans ce petit clip sur une très belle ballade d'Almo



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mercredi 16 mai 2007

Second Life: Le secret derrière la porte


Loulou a une place à part dans ma vie virtuelle.
Au départ, c'est une amie dans la vie réelle. (Elle aussi vit sur Venus). Ensuite, je l'ai incitée à aller sur Second Life. Enfin, c'est une lectrice assidue de mon blog. (Enfin c'est ce qu'elle me dit. Je la soupçonne de ne regarder que les images).

Mignonne Loulou avec sa petite jupe... non?

Nous ne nous étions vus qu'une seule fois sur Second Life, au tout début de ma vie d'avatar. Nous avions pris un rendez-vous. Cela avait été particulièrement foireux. C'est terrible à dire, mais nous n'avions pas accroché ensemble. La rencontre s'est rapidement abrégée avant que l'ennui finisse par nous achever. Assez déçu de ce moment raté, je m'étais dit après coup: Quel intérêt de voir son avatar alors que j'ai l'avantage de la voir dans la vie réelle? L'expression de son visage, sa présence, la complexité indéfinissable de son être, c'est quand même mieux que cette ridicule juxtaposition de pixels!
Depuis, nous n'avions pas renouvelé cette expérience.

Il y a quelques jours, alors que nous discutions de mon dernier article avec la psy, je me lance.

Moi: ça te dirait qu'on se revoit sur SL?

Je me sentais prêt à retenter l'expérience. Pourtant je ne suis pas particulièrement maso. Peut-être que je me sentais beaucoup plus mûr pour réussir le passage de notre relation réelle à une relation virtuelle.

Loulou: Ok... j'aimerais bien faire de la balançoire sur SL... une vraie balançoire, j'en n’ai pas vue pour le moment... On pourrait aller au Parc d'Attractions?
Moi: Le Parc d'Attractions? Non merci, très mauvais souvenir de ma vie virtuelle...
Loulou: En fait je cherche une vraie balançoire, tu sais, la balançoire classique quoi...
Moi: Désolé, je n'en ai jamais vu sur Second Life...

Silence. Avions-nous vraiment envie de nous revoir?

Moi: Mais à quelle heure tu te branches? je ne te vois jamais en ligne...
Loulou: En général je me connecte vers 22H00 et j'arrête vers 23h30...Toi t'y vas plus tard j'ai l'impression...
Moi: Oui, moi je me connecte quand toi tu finis...

Nous n'étions clairement pas prêts pour une deuxième rencontre.

Une heure plus tard, alors que j'arrive à peine sur le blog Natalia's Second Life Diary Blog, je tombe sur cette photo

copyright Natalia zelmanov

J'appelle immédiatement Loulou, et lui annonce que j'ai trouvé une balançoire.
Elle a été très surprise par ma rapidité et mon efficacité.

Elle : Comment t'as fait ?
Moi: C'est un mélange de chance, d'intuition et de motivation.

En fait c'était juste une "synchronicité jungienne". Je ne pouvais pas lui décemment lui dire cela de but en blanc.
Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est, les synchronicités sont des "coïncidences significatives".

Cela n'est pas la première fois que des coïncidences de ce type m'arrivent depuis que je vais sur Second Life. J'ai même l'impression qu'elles sont en train de se multiplier. Cela m'a surpris au début. Je ne suis pas du genre à croire en ce genre de choses, mais je dois me rendre à l'évidence. Je pense que le virtuel a une tendance à favoriser l’apparition de coïncidences créatives et pleines de sens. Pourquoi? Comment? Je n'en sais pas assez pour le moment. Mais j'y reviendrai. Le sujet est trop important.



Le soir même, vers 00h30, je me connecte pour trouver une solution à des problèmes de peau que j'ai eu suite à un achat malheureux et qui m'avait transformé des pieds à la tête. En général j'évite de me connecter si tard mais là je n'avais pas le choix.

Avant l'achat de la peau


Après l'achat de la peau

Je ne voulais surtout pas rester avec cette tête.
Je n'avais pas arrêté de cliquer et de recliquer dans mon inventaire pour retrouver mon vrai visage. Rien à faire. J'étais très contrarié, même si j'étais prêt à garder mon nouveau corps qui lui me plaisait.

Loulou était en ligne. J'étais très étonné. Il était beaucoup trop tard pour elle.

Moi: Encore là?
Elle: C'est le week end!

Avait-t-elle attendu que je me branche? Savait-elle que j'allais le faire?
En tout cas, cette situation était assez exceptionnelle pour ne pas décider de passer un moment avec elle.

Moi: Tu veux aller voir la balançoire?
Elle: Ok. Avec plaisir.
Moi: Tu ne te moques pas de moi, ok? J'ai des problèmes de peau....
Je vais dans "apparences" une dernière fois pour déconnecter cette peau, améliorer la couleur et retrouver mon vrai visage, au moins pour la soirée.

J'ai fait ce que j'ai pu. Bref, passons.



Au début je l'ai sentie un peu timide. Elle retenait sans doute sa personnalité virtuelle. Mais très vite dès que nous avons mis les pieds à West of Ireland, elle s'est décontractée. Elle a tout de suite aimé ce lieu. Quand une avatar femelle apprécie un endroit que lui a montré un avatar mâle, cela fait vraiment du bien à l'égo.

Elle: Oh! Un mouton!
Moi: Ah oui. Pourquoi tu cliques dessus? Tu veux le manger?
Elle: J'adore voir des animaux sur SL...

J'ai su à ce moment-là que nous allions passer une bonne soirée et que le fiasco de notre première rencontre serait un lointain souvenir. Loulou laissait s'exprimer son âme d'enfant. Et d'assister à cela m'a touché droit au coeur.

Loulou: C'est génial il y a même le bruit de la balançoire qui grince


Loulou: C'est super, tu veux essayer?
Moi: Vas-y, profite un peu!

La balançoire je m'en fichais un peu, j'étais surtout content de lui faire plaisir.
Loulou: Quelle détente! A ton tour!


C'est vrai que c'était très agréable comme sensation. Il faut juste prendre une grande respiration pour ne pas avoir cette impression de chatouilles dans le bas du ventre.

Elle: Alors quel est ton programme alors ce soir?
Moi: Ben passer un moment avec toi... Et toi? Dormir?
Elle: Pour une fois qu'on se croise, j'aimerais bien voir ton SL!


Mon "SL"? C'était la première fois qu'on me disait un truc pareil. Cela me flattait et m'impressionnait en même temps. Le côté mâle en moi se sentait tout à coup mis au défi.

Moi: Voir mon SL? ça veut dire quoi pour toi... tu crois que j'ai des endroits secrets?
Elle: ça peut-être juste des endroits qu'on aime, pas forcément secrets...
Moi: Tu es déjà allée chez Aimée Weber?

Cela m'est venu comme cela, intuitivement. Sans réfléchir.

Elle: Non j'ai juste vu des photos je crois.
Moi: On peut aller chez elle, je trouve ça très bien foutu...ça te dit?
Elle: D'accord!

Ce n'est pas la première fois que je vais chez Aimée. Je n'en ai pas trop parlé. J'ai eu peur de passer pour un fan malade qui piste sa star... mais je fais un aveu maintenant:
J'y suis allé au moins cinq fois en tout.
La première fois, elle était chez elle. Je lui ai parlé et je l'ai bombardée de photos.


La deuxième fois, je me suis lancé.

Moi: Est-ce que par hasard vous faites aussi des logos et des vêtements? J'aimerais avoir un logo à mon nom...
Elle: Désolée, je sais le faire mais je n'ai pas trop de temps en ce moment. J'ai vraiment trop de travail.
Moi: Ok no problem.
Super vexant en vrai. Mais je n'ai pas pu lui en vouloir.


La troisième fois, j'ai surpris une conversation entre elle et une de ses amies. Je n'ai pas voulu écouter, ça m'a trop gêné.
La quatrième fois, j'ai visité ses toilettes.


Et essayé sa machine à remonter le temps.

En fait je n'avais pas réalisé que j'y étais allé si souvent. Fascination pour la "staritude"? Pas seulement. Je l'aime vraiment à travers ce qu'elle fait. Cela ne s'explique pas.

Loulou: Oh il pleut!
Moi: Oui, il pleut toujours ici...
Loulou: Belle surprise!

Loulou était vraiment dedans ce soir-là. Elle appréciait ces merveilleux petits détails à la "Aimée" qui donnent tout ce charme à ses créations.

Loulou: On peut monter tu crois?


Moi: On frappe avant d'entrer?
Loulou: C'est mieux...


Loulou: Il n'y a pas de sonnette...
Moi: On va toquer...
Frapper avant d'entrer. C'est une règle d'or. Mais la porte s'est ouverte toute seule.

Moi: Ouah!!! Tu as fait quelque chose pour que ça s'ouvre?
Elle: Non et toi? Tu as toqué?
Moi: Mais non! C'est magique! ça c'est ouvert tout seul! On est dans un monde magique!
Les règles ne sont pas les mêmes sur Second Life.

Loulou entre avec sa délicatesse habituelle, mais pour moi impossible de mettre le moindre pied chez Aimée! Je reste mystérieusement coincé à l'extérieur.

Moi: Je peux pas entrer!!! C'est réservé aux filles?
Elle: Tu es interdit???

En un flash-back ultrarapide me sont revenues toutes mes incursions secrètes chez Aimée. Elle m'a peut-être interdit de séjour.

Elle: Qu'est-ce qui s'est passé entre vous?
Moi: Strictement rien!

Je réessaye. Rien à faire, je patine devant sa porte.

Moi: Je suis vraiment interdit! Tu crois que c'est une lesbienne?
Elle: C'est bizarre!
Moi: Peut-être que je suis trop grand! Vas-y toute seule. Y'a ses poupées à l'intérieur...
Elle: Tu n'étais pas déjà entré?
Moi: Seulement avec ma caméra... Vas-y! Je te suis du regard...
Elle: Bon. Je te raconterai...

Loulou n'a pas besoin de me raconter, avec ma caméra je vois tout ce qui se passe, je ne la lâche pas d'une semelle.

Loulou : Houhou! je suis au premier, je te vois par la fenêtre!

Loulou ne sait pas que je suis quantique: je suis à la fois dans le jardin...


...et derrière elle...

Moi: Moi aussi je te vois!

Loulou: J'ai un indice: Y'a une photo d'elle et de son amoureux, donc sa maison n'est pas interdite aux hommes...
Moi: Si justement...
Elle: Ah! Comme si c'était lui qui avait jeté un sort sur la maison?
Je n'en demandais pas tant, mais j'aime bien quand l'imaginaire s'emballe comme ça...

Moi: Peut-être qu'elle a interdit à un autre avatar d'entrer dans sa maison. Si c'est une fille bien, dans la symbolique, ça marche...

Moi aussi j'ai commencé à délirer sec.
Nous avons eu l'idée lumineuse d'essayer d'entrer par la porte de derrière. Pour certaines choses on peut être plus lent dans Second Life.


Moi: On y va?
Elle: A toi l'honneur.


Je suis entré sans aucun problème. Ouf! Aimée ne m'avait pas interdit de séjour dans son séjour.

Loulou: Elle n'a pas pensé à tout ou simple bug?

Aucune idée. La seule chose que je sais c'est que ces bugs continueront longtemps de semer le doute dans notre vie virtuelle.

Elle: Elle une vue de paradis...
Moi: On est chez quelqu'un, comme des voleurs, et on s'en fiche...
Elle: C'est vrai. Mais on dirait que ça n'est pas habité... ça doit pas la déranger, sinon elle aurait pas laissée sa baraque ouverte...



Elle: C'est dommage qu'elle n’ait pas de blackboard, on aurait pu lui laisser un petit mot pour la remercier de son accueil.

Moi: C'est cool de visiter cet endroit avec toi. Je ne l'ai pas fait exprès mais on est chez une grande graphiste successfull. Je t'ai amené dans ton futur... cool non?

Loulou depuis peu a décidé de changer de vie pour devenir graphiste.
Cela m'est sorti comme ça. Je ne sais pas pourquoi. Cela m'a semblé évident. Peut-être était-ce l'abolition des contraintes d'espace qui m'a fait sentir l'abolition des contraintes de temps?

Elle: Non, je n'aime pas ça...ça voudrait dire qu'on est destiné à des choses? Tu ne peux pas m'emmener dans mon futur! Même s'il y a un axe je pense, rien n'est écrit. On choisit toujours...

Moi: Je pense que tout est écrit et rien n'est écrit, j'ai toujours pensé ça.
Elle: C'est l'Axe!
Moi: Ouah! J'aime l'Axe, tu peux m'expliquer ce que c'est ?
Elle: Tu risques de t'endormir...


Loulou m'a exposé sa théorie de l'Axe, qui aurait une forme sinusoïdale, comme une sorte de vague...et cette courbe passe par moments au- dessous de l'Axe...


...puis au-dessus de l'axe horizontale en le croisant...


... et bref, c'est pareil pour la vie... notre chemin de vie se fait au-delà et au deçà de cet Axe....



Je ne me suis pas endormi. Je ne savais pas que Loulou était aussi philosophe.

Loulou: Pour en revenir à mon futur, c'est vrai que ce genre d'ambiance, c'est tout à fait ce que j'aime...
Moi: Oui, c'est vraiment fait avec goût, c'est simple, sobre, et classe. Comme toi...
Loulou: Arrête je vais rougir...

Nous avons fini la soirée à Midnight City
pour continuer de découvrir le travail d'Aimée Weber.


Moi: C'est quoi?
Elle: On peut aller sur internet!
Moi: Mais on y est déjà!
Elle: ça veut dire que... venir de Second Life pour aller sur internet, ce n'est pas la même chose qu'en venant de la réalité? ou là, je m'embrouille, ça devient compliqué!
Moi: Je comprends rien...
Elle: C'est l'internet de SL...par exemple les gens vendent des trucs réels ou font de la pub pour des trucs réels ou pas...et on peut y avoir accès à partir de Second Life...
Moi: Tu m'expliqueras une autre fois. Ce monde est fou...
Elle: En fait oui...

Il y avait un stop au bout de la route. Je me suis arrêté au moins trois minutes.

Loulou : Hi hi, tu respectes le code de la route?


Moi: Voilà, maintenant tu sais ce que c'est de passer une soirée avec Myster Welles!
Loulou: Oui, c'est très sympathique... Myster est un mythe quand même!

Je reste un avatar avant tout.


Moi: T'es vraiment une chic fille!
Elle: On retournera faire de la balançoire alors?
Moi: Of course...
Elle: Great! Merci pour les visites et sweet dreams, Myster



Je suis heureux. Il y a des soirs comme cela où l'on a l'impression de toucher l'âme de Second Life. Dans ces moments, non seulement la vie virtuelle se justifie, mais elle me semble nécessaire, vitale pour notre compréhension de l'Univers, tel qu'il est en réalité. Poétique.

Depuis cette soirée, Loulou a trouvé un sens à sa vie virtuelle. Elle s'est fixée comme objectif de trouver et d'expérimenter toutes les balançoires sur Second Life. Et s'il n'y en a pas assez, elle en construira elle-même.
L'air de rien, je l'ai vraiment emmenée vers son futur.


copyright Loulou Poplin

A propos de la synchronicité:
synchronicité
Science et magie

mercredi 9 mai 2007

Second Life: Le sens de la vie


Je suis allé voir une psy sur Second Life. Elle s'appelle LilyBoissauvage Bailey. Drôle de nom, mais pourquoi pas. J'ai toujours pensé que les psys étaient des gens particuliers. C'est ce qui fait leur force...
Lily est aussi une psy dans la Real Life. Heureusement pour les avatars qui viennent la voir. On ne joue pas avec le psychisme des gens.
Je l'ai rencontrée un peu par hasard. Nous avions eu plusieurs discussions informelles sans jamais nous voir. Un soir, j'ai osé lui dire que je souhaitais la voir. Elle m'a invité chez elle.

Elle était en train de construire son jardin avec un de ses amis.

A priori, il n’a pas un look super accueillant. C'est sûrement un bon moyen d'éloigner les avatars qui essayeraient de draguer sa copine. D'autant plus si ce sont des patients qui ont pris une autre identité. En réalité, ce garçon était charmant et apparemment doué pour les constructions.
Nous avons pas mal discuté.

Je voulais surtout savoir pourquoi les avatars avaient besoin de parler à des psys sur Second Life. J'étais curieux de connaître leurs problématiques "d'être" virtuels".

Lily: En général on ne vient pas me voir pour une thérapie mais plus pour une aide d'appoint. Les relations sur SL sont particulières, elle peuvent rapidement être très fusionnelles et finir par être étouffantes.
Moi: Par exemple?
Le cas type c'est l'avatar qui rencontre une personne, par exemple une belle blonde "extraordinaire", et qui passe des moments merveilleux avec elle.


(Note de l'auteur: ce n'est pas moi sur les photos)
Au bout d'un moment la belle blonde commence à étouffer, à force de ne voir que ce type. Elle ne veut plus juste le voir lui, mais elle désire aussi continuer à jouer avec les autres!



(Note de l'auteur: je louche sur sa poitrine mais c'est uniquement pour illustrer le propos )

A partir de là, la belle blonde n'est plus du tout une personne si "extraordinaire" et l'avatar qui se sent abandonné a besoin de voir Lily pour y voir plus clair. Les relations fusionnelles, qu'elles soient dans la RL ou dans SL, sont une vraie plaie.


Lily évoque aussi des problèmes de décalage entre la personne réelle et le " moi idéalisé" représenté par l'avatar. Elle me raconte l'histoire de cette patiente qui ne se plait pas dans la réalité et qui a choisi un avatar "top model" pour la représenter. Par exemple cette belle avatar

Au début, elle s'amuse comme une folle, et elle a du succès auprès des types. Par exemple moi.

Mais au bout d'un moment elle redevient malheureuse: elle ne supporte plus d'être prise pour du "gibier"! Finalement, que ce soit dans RL ou dans SL, elle continue de ne pas se plaire...

Il était tard et malgré cette discussion très intéressante, à laquelle a aussi participé son ami au look dissuasif, je suis reparti dans la RL.
Quelques jours plus tard, guidé par la curiosité et le désir de répondre à des questions persos, je me suis décidé à prendre un rendez-vous avec Lily pour ma première séance. Le rendez-vous a été fixé à jeudi, 23 h 00.
Je me suis mis en ligne une demi-heure plus tôt, pour me préparer psychologiquement et physiquement aussi. J'ai eu besoin de me faire beau. J'avais acheté depuis longtemps des cheveux que je n'avais jamais portés. Je les ai mis pour ma première séance. Le" transfert positif" envers mon nouveau psy avait commencé à fonctionner.

A 23 heures pile, elle me TP. J'aime la précision des psys: avant l'heure de la séance, ce n’est pas l'heure. Je suis en total accord avec cette règle. Comme je ne connais pas vraiment Lily, cela me rassure sur son professionnalisme. J'arrive dans un jardin. Personne.

Puis je la vois se "télécharger" devant moi et comme cela arrive souvent: elle apparaît nue avant que ses vêtements n'apparaissent...

Linden Lab a encore des progrès à faire pour que la démarche psychanalytique soit tout à faire orthodoxe.

Elle: Je te laisse le choix, soit nous restons dans ce jardin en passant en conversation privée, soit on va dans mon" bureau" dans les nuages.
Un cabinet dans les nuages! Elle m'en avait déjà parlé et cela me faisait fantasmer à mort. Elle l'a conçu à 500 mètres de hauteur, pour qu'on ne puisse pas y accéder facilement et pour repérer de loin avatar qui viendrait surprendre la conversation
Je choisis le cabinet dans les nuages, sans hésiter. En plus je suis sûr que c'est inspirant.


Pas mal ces canapés.

Elle: Alors?
Moi: Je voulais te voir pour deux raisons, d'une part, par curiosité, je voulais faire une séance psy sur SL et d'autre part parce que j'ai quelques questions personnelles...
Elle: Voyons les questions alors...

Moi: Voilà, je me suis connecté plusieurs fois et à chaque fois, tous mes amis étaient off line. Plusieurs fois de suite. Rien de grave. Mais j'ai commencé à me faire une petite parano. Je me suis demandé s'ils ne s'étaient pas arrangés pour ne plus être contactés par moi...
Elle: Il y a eu des bugs sur la liste d'amis récemment... tu as essayé de les contacter pour voir s'ils étaient vraiment off Line?

Maudits bugs! On ne sait jamais ce qui est vrai avec eux! Il y a fort à parier que plus nous investirons ces mondes et plus certains bugs vont nous traumatiser. Récemment, j'ai eu par exemple une expérience assez douloureuse dont je n'ai parlé à personne mais que je livre ici pour la première fois.


En me connectant un soir, j'ai eu la surprise de voir que mon avatar principal avait changé de sexe. Cela ne m'a pas du tout fait rire. J'étais devenu une femme avec des seins et tout.

J'ai essayé d'aller dans "apparences", mais impossible de changer quoi que ce soit. J'ai sérieusement paniqué. En plus de cela je me trouvais monstrueuse: j'avais une très grosse tête, des petits seins, un buste trop court. C'était terrible.

J'ai vraiment pensé à une punition divine! Qu'avais-je fait pour mériter ça? Il me fallait une bonne nuit de sommeil. Pour mon ordinateur et pour moi aussi. Trois connexions plus tard j'ai retrouvé miraculeusement mon ancienne identité sexuelle. Bug? mauvaise blague des Linden? Je ne le saurai jamais.

Mais revenons à ma séance de psy. Je trouve ça très cool d'avoir un psy qui connaît les problèmes techniques du monde virtuel. ça nous remet dans la réalité et cela peut nous éviter pas mal de malentendus.

Elle: Donc à cause de ce bug sur ta liste d'amis, tu as cru qu'on ne voulait plus te parler?
Moi: J'ai eu peur que ce soit à cause de mon blog en fait...que ça saoule mes amis que je retranscrive les moments vécus avec eux... que je ne vive pas vraiment le moment , comme quelqu'un qui a toujours un recul...
Elle: Tu as l'air respectueux de tes rencontres il n'y a pas de raison qu'elles s'en offusquent si?
Elle avait raison. Ma parano était infondée. Mais ça m'a fait du bien d'en parler.

Moi: J'ai un autre avatar qui est une femme. Je voulais connaître les risques...
Elle: Les risques?
Moi: Est-ce que le fait de jouer le rôle d'une femme est neutre? Cela m'intéresse de voir comment c'est d'être une femme et comment les autres réagissent à une femme, mais c'est troublant quand même...

Elle: Second Life te donne l'occasion de faire cette expérience, c'est sans doute troublant, mais tu peux apprendre sur toi-même aussi...

J'ai beaucoup aimé sa réponse. La vie dans ce monde virtuel peut être, si nous le voulons vraiment, une vraie rencontre avec soi-même... C'est ce qui m'a toujours attiré ici.

Moi: Qu'est-ce que cela veut dire sur mon homosexualité ?


Là, elle a pris un peu de temps. Normal. C'est une question délicate.

Elle: Il y a dans tout être humain une part féminine et une part masculine... c'est dans nos chromosomes... maintenant chacun a une dominante physique et mentale...

Terriblement vrai. En nous co-existent le féminin et le masculin. Vraiment. Si nous sommes" hommes" par exemple, c'est juste une question de prédominance du masculin sur le féminin.
Je le savais, mais au moment où Lily l'a formulé, quelque chose s'est débloqué en moi. J'ai repensé à ma transformation en femme sur SL. Elle a été finalement très facile. J'ai vite ressenti ce que c'était que d'être femme. J'ai physiquement éprouvé dans ma chair d'avatar cette dualité qui existe en chacun de nous. En tant qu'homme, je suis aussi clairement,"féminin". On pourrait dire "femme".

Moi: Et si ça me plaît de rester une femme, est-ce grave docteur?
Elle: Lol.Il y a beaucoup d'hommes sur SL qui ont des avatars féminins et chacun l'assume différemment, mais je n'ai pas encore vu de cas "graves".
Moi: Donc ça ne risque pas de perturber le psychisme d'un hétéro comme moi?

Je suis vraiment malade ...d'où me viennent ces questions???

Elle: Avec le recul que montre ton blog, cela m'étonnerait beaucoup...et puis tant que ça reste au niveau de l'avatar...


Moi: Dernière question: la sexualité.

Les psy adorent qu'on leur parle de sexualité. J'ai d'ailleurs l'habitude de dire que ce sont des obsédés sexuels. C'est vrai, comme tous les êtres humains, sauf qu’eux, ils l'ont accepté...

Moi: Tu considères qu'une relation sexuelle virtuelle c'est de la sexualité? Question simple n'est-ce pas?
Elle: Je considère que c'est de l'ordre du fantasme...mais ce que je constate à mon niveau, ce sont les désordres relationnels que cela provoque. Le reste, j'avoue ne jamais avoir essayé les animations...

Honnête la fille. Et même si elle l'avait fait, elle ne me l'aurait pas dit...enfin j'espère...

Elle: Je pense que les ressentis ne sont pas très loin des films, cassettes et autres simulations RL.
Moi: Oui, mais il y a quelqu'un de l'autre côté de l'écran! C'est différent!
Elle: Oui c'est un fantasme à deux...
Moi: ça peut avoir une incidence RL n'est-ce pas?
Elle: Oui je le pense...Et bien on va en rester là si tu le veux bien...attention en te levant il y a risque de décollage.

Je suis resté un long moment dans les airs. C'était le bug du moment. Quand je suis redescendu sur terre, j'ai mis quelques lindens symboliques dans sa "tipjar"...
Lily, comme de nombreux psy dans la RL ne fait pas payer la première séance...

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mercredi 2 mai 2007

Second Life: Hallucinations virtuelles


Un psychiatre américain de l'University of California Davis, a créé sur Second Life un espace virtuel, Virtual hallucinations , permettant de simuler le type d'hallucinations sonores et visuelles que vivent généralement les schizophrènes. Le but de cette simulation virtuelle est de faire prendre conscience à ceux qui ne sont pas schizophrènes, et dont je fais à priori partie, de la terrible maladie mentale dont souffrent ces malades.
Je m'étais dit que j'irais si j'étais vraiment en forme.

Pour cette mission délicate pour mon psychisme, j'ai utilisé mon autre avatar que j'avais en réserve depuis un certain temps et qui était destiné aux missions difficiles et particulières. S'il lui arrivait quelque chose, c'était moins grave que s'il arrivait quelque chose à mon premier avatar.

Avoir un deuxième avatar est à mon avis, une évolution normale et logique sur Second Life. On y retrouve la forme d'anonymat et de liberté qu'on avait au début. Il n'y a personne sur notre liste d'amis. On est vierge, dans un nouveau corps, avec un autre look. Des aspects insoupçonnés de notre personnalité peuvent alors se révéler.


À l'entrée de Virtual Hallucinations, un texte nous prévient très clairement que certaines personnes trouvent cette expérience effrayante. Après tout, qu'est-ce que je risque vraiment? On est dans le virtuel. Au pire cela sera comme un train-fantôme. Je récupère un badge pour un tour d'exposition et je me retrouve devant deux boites: l'une avec des voix mâles, l'autre avec des voix femelles.

Je clique sur les voix mâles. Et là, une voix d'homme se met à me parler tout à fait normalement. Puis, tout à coup, une deuxième voix, presque subliminale, se met à me répéter avec un ton très convaincant : Tu es mort! Tu es mort! Tu es mort!
Je confirme: cette expérience est vraiment effrayante. Virtuelle ou pas. Mais peut-être suis-je un sujet très sensible aux dédoublements de toutes sortes? En tout cas, je me suis téléporté instantanément dans un autre endroit sans poursuivre ce train-fantôme too much pour moi.

J'ai commencé une discussion avec une avatar. Sans savoir pourquoi, je lui ai fait croire que je me voyais en gris ou en noir.
Elle: Non, tu n'es pas gris. Tu es blanc, tu ressembles à Monsieur Propre.
Moi: Ah bon? Zut! Je voulais ressembler à Superman!
Pourquoi j'ai dit ça? ça ne me ressemble pas. En plus c'est stupide et c'est faux. Pourquoi avoir dit quelque chose d'aussi lourd? Je me sentais mal dans ce nouveau personnage et surtout je n'aimais pas sa façon d'être avec les autres.

La fille s'est téléportée ailleurs alors que je n’avais pas fini d'écrire ma phrase. Je la comprends. J'étais le genre d'avatar que je n'aurais pas aimé rencontrer. Rien ne marchait dans cette nouvelle vie. Je sentais l'ennui me gagner, sensation que je déteste mais qui est souvent le prélude à la créativité.
Je vais dans "apparences".

J'appuie sur "féminin".

En un clic, je suis une femme... plutôt pas mal en plus.


J'ai passé beaucoup de temps à améliorer mon physique. Je me suis surprise à vouloir être belle et surtout à ne pas passer pour un homme déguisé en femme. J’aurais été très vexée si cela était arrivé. Il fallait que l’illusion soit parfaite.

Je ne me suis pas fait des seins trop gros. Si j’avais eu la main trop lourde, cela aurait pu éveiller les soupçons. Les gros seins, c’est un fantasme d’homme.
Au bout d’un moment, je me suis trouvée assez belle et même assez excitante. Je me sentais beaucoup mieux qu'au début de cette soirée.

Je n’étais pas parvenue à rallonger mes cheveux mais le petit côté masculin que cela me donnait, me plaisait. Cela tranchait avec la plupart des filles sur SL à la féminité hypertrophiée. Une vraie fille n’a pas besoin d’être hyper féminine. Je mets dans mon profil que je ne veux pas de sexe.

J'ai évidemment eu un vrai problème de cheveux. Il fallait s’y attendre. Que je sois un avatar homme ou femme, c’est un peu une fatalité.
J’attends qu’on m’aborde. Cela ne vient pas tout de suite. Avec la tête que j'ai, c'est normal. En jouant la gourde naïve qui a besoin d’aide, je demande à un type sur la piste de danse si l’on voit mes cheveux ou si je suis la seule à ne pas les voir. Il m'a simplement répondu qu'on les voyait et qu'ils étaient courts. J’ai aimé sa distance relative. Les meilleurs « dragueurs » sont ceux qui ont une forme de décontraction.
À un moment il se met à danser avec une amie à lui.

La jeune femme : Tu es un homme ?
J'ai été très surpris. Est-ce que cela se voyait tant que cela? Est-ce que mon physique était trop ambigu?
Je cherche la bonne réponse de femme pour ne pas montrer que je suis un homme vexé.

Moi : Non! Pourquoi ?
Elle : Tu as les cheveux courts !
Moi : J’aime les cheveux courts ! Toi aussi tu as les cheveux courts. Ça te va bien.
Elle : merci.

J'étais terriblement vexée qu'on m'ait prise pour un homme. Je me propulse dans un magasin de cheveux.

Je comprends maintenant pourquoi les femmes passent un temps fou à faire les courses. Il faut choisir entre des milliers de possibilités. Quand on veut être belle, on ne peut pas prendre n’importe quoi.

Je commence à regarder une à une les coiffures qu'on me propose. Je ne veux pas me tromper.
Alors que je cherche de quoi devenir une vraie femme, des avatars femelles m’adressent la parole.

C’est assez agréable d’être abordée par des gens de son sexe. Cela m'arrive rarement quand je suis un homme. Les femmes n'ont pas la gêne ou la pudeur que les hommes ont entre eux.
Dans leur profil, ces jeunes femmes se disent lesbiennes. L’une des deux a même noté : « je n’aime que les femmes, hommes s’abstenir.»

Le côté très ostentatoire de leur look me fait penser que ce sont peut-être des hommes dans la RL.

Moi : Je peux te prendre en photo ?
Une des filles : Pourquoi ?
Moi : J’aime bien ton look.

Je n’en dis pas trop. Je ne veux surtout pas passer pour une lesbienne. Trop éloigné de moi tout à coup.

Une des filles : Moi aussi j’aime bien ton look.

C'était peut-être de la drague, mais vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai eu à recevoir ce compliment. Moi, un homme dans la RL me faire complimenter par une lesbienne pour mon look de femme ! C'est énorme.

Finalement elles partent sans m’avoir proposé de partouze ou des trucs louches. C’est l’intérêt de mettre qu’on ne veut pas de sexe dans son profil.
Je reprends mon shopping.


Pas mal. Mais pas encore ça.




Trop masculine. Après une bonne demi-heure Je trouve enfin ce qui me plaît le plus. J'achète.

Je me trouve monstrueuse.
On voit à peine mon œil gauche. J’ai l’air d’une idiote. Tout ce temps pour ça ? La vie des femmes n'est pas simple.


Un type traverse toute la boutique et vient vers moi. On ne m’a jamais autant abordée sur SL. Cela me remonte le moral après cet échec capillaire.

Lui : J’ai un problème. J’ai acheté quelque chose et je ne le retrouve pas dans mon inventaire.

Je cherche à répondre avec sobriété, je ne veux pas passer pour une allumeuse, ou une fille trop contente qu'on lui parle.

Moi : C’est la première fois que je viens ici, je ne peux absolument pas t’aider.
Lui : Ah ok.

Pourquoi il n'a pas insisté? Il est reparti aussi sec ce con.
Avis aux hommes: ce n'est pas parce que l’avatar que vous abordez est sur la réserve, que tout au fond d’elle, il n'y a pas un volcan qui sommeille. Ne vous fiez pas aux apparences.


Je commence à me prendre la tête: Est-ce que je n’ai pas été trop sèche ? Est-ce qu’il voulait vraiment un renseignement ou est-ce que c’était un moyen détourné de m’aborder ? Je suis idiote. C’était sûrement la deuxième solution. Frustration de femme. Une fois que l’homme est parti et qu'il a tourné le dos, il est difficile de le rattraper.

Je commence à vivre ma vie de femme. Un petit ciné. Il n'y avait pas de film mais c'était sympa.

Peut-être que je suis trop grande, trop masculine. Ça peut faire peur aux hommes. Je vais retravailler mon corps, je vais être plus féminine. Plus douce extérieurement. Moins menaçante.

Je me surprends à aimer être seule. C’est une solitude particulière, que je ne connaissais pas jusqu’à présent. Je suis dans une sorte d’attente plaisante.

Par moments c’est vrai, je suis un peu triste que personne ne vienne me parler. Mais je garde ma tristesse pour moi. J'aimerais rencontrer des gens charmants, pour la rencontre et tout ce qu’elle promet d’aventure. Une des conditions c’est que l'on s'adresse à moi avec délicatesse, gentillesse et respect.

Si mon physique, mon look plaît à quelqu’un, tant mieux. Je suis une fleur prête à être cueillie.
Et ce n’est pas une hallucination virtuelle.


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