mercredi 30 mai 2007

Second Life: Une autre planète



Je regarde vers mon passé. La plupart des avatars que j’ai connus au début de ma vie virtuelle ont tout simplement disparu. Jamais en ligne quand j'y suis. Bon. Depuis ma séance avec Lily, ma psy virtuelle, je ne me fais plus de parano excessive. Ce n'est sans doute pas lié à mon comportement. Alors pourquoi ces disparitions?


J'ai une hypothèse. La durée de vie d'un avatar est très courte. Une fois passé le moment de la découverte et de la nouveauté, la plupart ne parviennent pas à trouver un sens à leur vie virtuelle. Ils ne voient pas l'intérêt de persévérer dans ce nouveau monde.

Ides, elle, malgré les apparences, persévère.

Pour durer sur Second Life. Il faut s'accrocher. Cela est moins facile qu'on pourrait le croire. Il y a une liste impressionnante d'obstacles sur le chemin de la vie virtuelle.
D'abord, Second Life n'est pas un jeu, comme cela a déjà été dit maintes fois, mais un "univers virtuel". Très vite, l'on se retrouve face à ses désirs, à son imaginaire, à ses capacités créatives. Il y a fort à parier que cette liberté peut faire peur à certains, ou même rebuter. À partir du moment où l'on est plongé dans un univers où l'on peut faire « ce que l'on veut », ou "tout est possible", se pose alors une question-clé: Que somme-nous réellement capables de faire ? Juste passer de bons moments avec les autres?

Au bout d'un moment, le désir de construire quelque chose, désir typiquement humain, refait surface. Second Life fait naître chez certains des désirs suffisamment forts pour avoir envie de durer. Que ce soit, gagner de l'argent, construire un lieu, créer, se faire un réseau d’amis, avoir des relations sexuelles, changer de vie professionnelle, vivre une histoire d'amour, ou encore découvrir des lieux et les partager, écrire un blog...
A contrario, ceux qui n'ont pas découvert ce que les psys appellent " un bon objet" s'en vont. Ils sont nombreux.

Ensuite, il y a des moments de creux, d'ennui. Il faut les accepter.

En général ils précèdent les moments de créativité. Les avatars qui disparaissent prématurément de cette vie n'ont pas la patience de voir ce qui se passe "après l'ennui". C'est le problème des vies virtuelles. On peut les arrêter à tout moment. On prend. Ça merde. On jette.
Une "vie-kleneex". Tant pis pour eux.

Moi: Tu mets cette tenue dans des occasions spéciales?
Ides: Non, c'est juste une tenue "anti-ennui"...
Moi: Cool!


Un grand moment de maîtrise de soi.

Il y a aussi des déceptions et des frustrations dans cette vie. Pas seulement sexuelles. Au niveau du travail, la concurrence est rude et il n'est pas si facile de gagner sa vie. Même s'il est clair que progressivement, de plus en plus de personnes accèderont à un travail rémunérateur. Par ailleurs, au niveau affectif, on ne compte plus le nombre de "SL drama". Des déceptions amoureuses, des trahisons amicales, des histoires difficiles et compliquées. Second Life est un monde humain avant tout, et toute la gamme des sentiments, de la haine à l'amour y est aussi présente. Alors à côté d'histoires merveilleuses, il y a aura toujours des histoires malheureuses.

Avec Ides, nous restons amis. Plus simple.

Enfin, les avatars doivent faire face aux différents préjugés et réticences envers le virtuel. D'abord nos propres préjugés. J'en ai eu. Et si je cherche bien, je dois encore en avoir quelques-uns nichés dans les profondeurs de mon inconscient. Et puis les préjugés des autres. Combien de fois ai-je lu ou entendu à propos de Second Life:

" Je n'ai pas le temps...
( comme si moi je l'avais)
...J’ai déjà assez à faire avec ma première vie pour en avoir une deuxième … (Comme si moi je n'avais pas assez à faire)
...Ça peut être dangereux, on peut se perdre dans le virtuel… (Ne demande pas ton chemin à quelqu'un, tu risquerais de ne pas t'égarer, dit le Sage)
...Ça correspond à un manque... ( Connaissez-vous une seule personne sur terre qui n'ait aucune frustration? )
...Second Life est triste, on préfère savoir que des gens agissent sur leur vie quotidienne plutôt que dans le virtuel...(cette réflexion à la tonalité "bien-pensante" ce sont des publicitaires français qui l'ont sortie: encore des gens intelligents et visionnaires).
...C’est un monde froid, technologique…( Derrière chaque avatar, il y a un être de chair et de sang et qui parfois même bouillonne de désir)
...On se cache derrière quelque chose... ( Peut-être...mais l'essentiel est invisible pour les yeux...)
Ces réflexions, avec quelques variantes reviennent quasi-systématiquement. Comme si les gens s'étaient donné le mot. C'est presque un réflexe pavlovien. Je ne dis pas que le monde virtuel est parfait. Mais il est étonnant de voir les réactions de crainte, de suspicion, voire d'angoisse qu'il suscite.
La plupart de ces réticences sont avant tout ce que j’appelle : "des préjugés dominés par le sentiment de peur devant l’inconnu. "

Il n'y a qu'une seule réponse aux préjugés: innover, créer, avancer. Enrichir sa vie réelle et sa vie virtuelle, l'une agissant sur l'autre. Peut-être que plus tard, "ceux qui ont peur" finiront par reconnaître que cette expérience est sans doute un pas décisif dans l'histoire de l'homme et ils prendront le train en marche...
Je ne peux pas leur jeter la pierre. Moi-même j'ai souvent douté du bien-fondé de cette démarche. J’ai eu peur moi aussi. Je ne l’oublie pas. Peur de plonger dans le virtuel. Mais j’ai très vite compris que je me faisais peur tout seul.
L’expérience du virtuel m'a permi d’être encore plus dans le réel, de l'élargir en quelque sorte. J'ai été très vigilant sur ses effets dans ma vie réelle. Rien n'a été "détruit" depuis cette aventure. Au contraire. Des priorités ont changé. Des choses se sont révélées. Des désirs se sont concrétisés. La confrontation avec ce monde est , entre autres à l'origine de ce blog . Et cela, pour moi c'est bien réel.


J'ai eu des doutes. J'en aurai encore. Jusqu'à présent, la voix de mon intuition me dit: persévère. Pourquoi ? Et pour quoi faire?
En général on persévère dans des domaines que l’on juge importants, formateurs, essentiels, qui nous font du bien, nous font évoluer, et par conséquent font évoluer les autres. ( Je ne parle pas de ceux qui persévèrent dans la bêtise)

Alors, en quoi le virtuel serait-il "important"?
Le virtuel met en relation des millions d’êtres humains dans un autre univers. Un univers immatériel. Cette plongée dans un autre monde a la faculté de révéler à l'humanité des aspects d'elle-même qu'elle n'avait pas eu l'occasion de révéler jusqu'à présent. Plongés dans un contexte totalement différents, nous pouvons explorer d'autres possibilités, d'autres états de notre être. D'autres couleurs.
Pourquoi ne s'étaient-elle pas exprimées auparavant? Parce que nous ne pouvions même pas y penser. C'est la création de ce nouveau contexte qui crée les conditions d'une nouvelle expression "humaine". Second Life est un révélateur de notre humanité. Mais une humanité qui n'était pas encore visible.



On pourrait comparer cette aventure à la colonisation par des êtres humains d'une nouvelle planète . Tout ce qui s’y passerait serait forcément humain, mais différent de l'humanité qui s'est déja exprimée sur la terre. Des désirs nouveaux surgiraient, une autre forme d'art, de politique, de psychologie, de relations humaines. Pour tout dire, une autre civilisation.

Cela n’est pas « rien ». Cela n'est pas artificiel.

Lorsque je parle ici de "synchronicités", "de monde quantique", lorsque je dis que le réel se montre différemment après des expériences secondlifiennes, c'est logique. Ces incursions dans ce monde "immatériel" nous enrichi d'un réel qui a une autre tonalité, un réel différent, et nous fait percevoir le réel "matériel" avec de nouveaux yeux. Une sorte de "conversion du regard"...



Alors? Oublier le monde réel pour ne vivre que là?
Pas pour moi en tout cas. Cette "deuxième planète sur notre planète" a besoin d'être nourrie par le monde réel, et ce qu'il nous a appris jusqu'à présent. De même, le monde réel s’enrichira des expériences du monde virtuel.
Je regarde vers mon futur. C'est une chance de pouvoir participer à la construction d'une nouvelle culture sur une autre planète.
À nous de la rendre la plus humaine possible.



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Merci à Mackenzie McArdle pour avoir référencer ce blog à la Coopération française
Les photos de simulateur virtuel sont de Stephane Zugzwang. On peut les trouver à Commonwealth Island
Merci à I. pour la figuration sur les photos.

4 commentaires:

mathieu a dit…

Joli billet. Je réalise en ce moment un mémoire sur Second Life mais je suis aussi un résident SL. Convaincu que l'humanité vit quelque chose d'important avec le virtuel. Pas spécialement avec SL mais avec la navigation et l'occupation des univers 3D (peut être plus tard réalisés avec des images de synthèse nous donnant esthétiquement l'illusion de la réalité (du moins celle que l'on voit physiquement dans le réel) je suis également "humaniste" si je puis le dire ainsi (tiens c'est bizarre qu'un avatar se dise humaniste lol ) et j'ai beaucoup apprécié certains passages de ton article.

Sans pencher trop sur le côté philosophique, avec SL par exemple, je trouve riche le fait de pouvoir "vivre" des choses en temps réel avec des gens vivant physiquement ailleurs sur la planète, c'est vrai quand on y pense c'est fou. Ok, le net nous relié déjà mais là on partage vraiment des choses au delà de simples contenus internet, on crée de nouveaux types de contenus de nouveaux codes de conduites...lol. Tu as raison, je le pensais au début de mon terrain, je crois que nous sommes à l'aune d'une véritable civilisation virtuelle (qui ne signifie pas pour autant fausse) plutôt différente de ce que l'humanité a connu jusqu'alors.(enfin c'est évident que le www classique et le 2.0 ont commencé le processus depuis longtemps) SL, la 3D et tout ce qui risque d'arriver ne font que confirmer la venue de cette civilisation. A nous d'être vigilant et de savoir ce que l'on veut vivre dans le virtuel (voire dans notre nouveau réel lol)

Myster Welles a dit…

Bonjour ,
je serai intéressé par la lecture de ton mémoire lorsqu'il sera terminé...

- Convaincu que l'humanité vit quelque chose d'important avec le virtuel. Pas spécialement avec SL mais avec la navigation et l'occupation des univers 3D (peut être plus tard réalisés avec des images de synthèse nous donnant esthétiquement l'illusion de la réalité (du moins celle que l'on voit physiquement dans le réel) je suis également "humaniste" si je puis le dire ainsi (tiens c'est bizarre qu'un avatar se dise humaniste lol ) et j'ai beaucoup apprécié certains passages de ton article


Un avatar peut se dire "humaniste", car il a une origine humaine...:)
Par ailleurs d'accord avec toi: SL n'est qu'un exemple de ce qui pourra être réalisé plus tard. Mais rendons à César...ce sont les premiers ( à ma connaissance) qui ont eu l'intelligence de libérer la 3D en créant un univers " sans règle du jeu"...et en ligne...

Et puis, je ne peux qu'être d'accord avec toi puisque tu as l'air d'accord avec moi...:)
Profitons de cet "accord" car les débats sur la vie virtuelle risquent de susciter beaucoup de désaccords...
Si c'est pour faire avancer les choses, je n'ai rien contre...
merci pour ton commentaire,
Myster Welles

Lyzz Sewell a dit…

Ha mince !

Alors ça, j'en reste bouche bée. Voici un texte d'une rare densité et sans doute le travail d'une longue reflexion. Plein de sujet passionant, l'acceptation de l'ennui par exemple ou la durée de vie des avatars.

Cela fait un certain temps que je suis persuadée que l'Internet est un bouleversement considérable dans l'évolution de l'humanité (certains disent même que c'est la révolution la plus importante après la révolution industrielle), mais je n'avais pas pensé les univers virtuels comme nouvelle civilisation. C'est un concept vraiment prometteur :)

Juste une autre petite remarque: je ne suis pas certaine que la comparaison avec la collonisation d'autres planètes soit si pertinente que ça. Bien sur, les humains réagiront différement si les arbres sont bleux et que les champignons font 12 mètres de haut, mais sans doute pas tant que dans les univers virtuels, car les modes d'interaction entre humains seront identiques à ceux restés sur terre.

Enfn, en tout cas bravo pour ce texte et j'ai hâte de lire les autres sujets.

Lyzz

Myster Welles a dit…

Merci Lyzz pour votre très gentil commentaire.

Concernant la comparaison avec une colonisation d'une autre planète:
je voulais faire sentir que les êtres humains partagent une expérience totalement inédite et créative qui les sort du conditionnement de la vie "telle qu'il la connaissent' et qui, d'un certaint point de vue , les fait quitter le monde terrestre. Dans cette expérience le terrain est vierge ou presque. Par ailleurs, je pensais à d'autres styles de planètes où les conditions physiques ne seraient pas les mêmes. Par exemple une planète où il n'y aurait pas d'oxygène et nous devrions vivre sous bulle...
Pour finir, je suis d'accord avec vous: " comparaison n'est pas raison". L'expérience du virtuel est spécifique et nous mènera sans doute dans des zones que nous ne pouvons aujourd'hui à peine imaginer.